
Les 100 mots de Bruxelles
Auteur : Marc Meganck
Maison d’édition : Presses universitaires de France
Collection : Que sais-je?
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 126
Prix : 10 €
Livre numérique : 7,99 €
ISBN : 978–2‑7154–2940‑6
Ils se comptent sur les doigts d’une main, les auteurs belges qui ont collaboré à cette collection mythique fondée en 1941 par Paul Angoulvent et qui regroupe pas moins de 2500 auteurs. Encyclopédique et actualisée régulièrement, la collection « Que sais-je ? » a su se réinventer au fil du temps, notamment en créant des séries comme les « 100 mots » qui conservent par ailleurs toujours les 128 pages, format constituant la réelle marque de fabrique des volumes.
Pour ce 4303è titre, les Presses Universitaires de France ont choisi Marc Meganck pour le numéro consacré aux 100 mots de Bruxelles. Historien attaché à la direction du patrimoine culturel de la Région de Bruxelles-Capitale, romancier et essayiste, Marc Meganck arpente depuis de nombreuses années les artères de la ville. Présente tant dans ses ouvrages scientifiques ou de vulgarisation que dans ses fictions, la cité n’a plus de secrets pour lui qui la décortique, l’ausculte sous toutes ses strates.
Dans son introduction, l’auteur, non sans humour et avec un brin de nostalgie, se plait à prendre un peu de hauteur (62 mètres exactement au-dessus du niveau de la mer !) pour installer son poste d’observation du côté de la place Poelaert rêvant à l’horizon maritime et au temps où Bruxelles était port de mer. Normal dès lors de trouver, sous la plume du capitaine et parmi les cent entrées proposées, les titres « Ancien port » ou « Canal ». Cent mots donc pour dire cette « ville d’hier et d’aujourd’hui, avec ses éclats et ses failles, ses projets et ses abandons, ses regrets et ses touches surréalistes ». Bien sûr, il aura fallu faire des choix, subjectifs mais assumés, comme le précise l’auteur. À côté des incontournables (« Manneken-Pis », « Grand-Place », « Marolles », …), d’autres entrées, plus inattendues, rendent compte de l’érudition amusée et de la curiosité toujours renouvelée de Marc Meganck pour cette « ville / la plus la plus la plus / du monde » selon les mots du poète William Cliff. Ainsi de celle consacrée aux « Sacs-poubelle » dont l’auteur souligne avec dérision le côté ubuesque de la grande variété de couleurs et les aléas de la collecte des déchets :
Pour les visiteurs étrangers, notamment les Français et les Britanniques, il s’agit d’un véritable choc culturel de constater qu’il n’y a pas de bacs ou de conteneurs à roulettes devant les immeubles ou aux coins des rues, et que les sacs-poubelle sont placés directement dehors, sur le trottoir, le long des façades, au pied des arbres ou des réverbères.
D’autres encore, parfois insolites, comme « Rue des pitas » qui fait référence à cette rue proche de la Grand-Place surnommée ainsi depuis les années 1980 lors de l’arrivée d’immigrés grecs y ayant ouvert plusieurs bars-restaurants. Mais dans la foulée, l’auteur rappelle que dès le 13ème siècle, « la rue était connue pour ses échoppes de marchands de fromage… ».
Au-delà du caractère informatif de chaque entrée, du fourmillement d’anecdotes, il y a dans l’écriture de Marc Meganck un ton de douce désinvolture, d’intime vagabondage qui témoigne de la relation étroite qu’il entretient avec la ville. Des odeurs, des ruelles, quelques places, des visages, des noms d’artistes, de la musique aussi, autant d’impressions, de couleurs qui se superposent dans cette « Ville-Région ».
Un savant dosage dans l’écriture qui donne au lecteur l’agréable impression d’être le comparse de ce fin limier déambulant dans les rues de la ville, d’accompagner le guide-narrateur dans l’envers du décor. Peut-être même en longeant à nouveau le « Canal », comme on longerait une frontière et dont la notice se termine par ces mots aux teintes poétiques :
Les eaux brunâtres poursuivent leur cours lent en portant les péniches, tout comme les communes vivent chacune de leur côté sans se soucier de la rive opposée, trop lointaine, trop différente…
Car le romancier justement n’est jamais très loin, qui sait voir, en observateur aux aguets, du haut de sa vigie, les mouvements et les mutations toujours à l’œuvre dans cette ville-gigogne coincée entre l’écho d’une débâcle et les chants possibles du miracle.
Rony Demaeseneer