Archives par étiquette : PUF

La psychanalyse en mode mineur

Un coup de cœur du Car­net

Fab­rice BOURLEZ, Tacts. Remanier la psy­ch­analyse avec les fémin­istes et les queers, PUF, coll. « Per­spec­tives cri­tiques », 2025, 435 p., 24 € / ePub 19,99 €, ISBN : 9782130869559

bourlez tactsEn France, les mois qui ont précédé l’adoption du mariage pour tou·tes (2013) ont été par­ti­c­ulière­ment pénibles à vivre. Le plus offen­sant, insul­tant, blessant à subir a été pour certain·es de se voir définir par des psy­ch­analy­ses gonflé·es d’a pri­ori, à qui l’on offrait micros et tri­bunes à tout va. Iels avaient décidé d’interdire. Rien de ce qui était ânon­né ne cor­re­spondait à ce que nous sommes et vivons, nous, les queers. À chaque fois, c’était un coup de marteau asséné directe­ment au cœur par celleux qui, au con­traire, auraient dû mieux nous com­pren­dre s’iels avaient réelle­ment enten­du ce qui se dis­ait sur leur divan. Con­tin­uer la lec­ture

Vertus et enjeux du danger

« Gimme danger » chantaient les Stooges

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rent DE SUTTER, Éloge du dan­ger (Propo­si­tions, 2), PUF, coll. « Per­spec­tives cri­tiques », 2022, 140 p., 13 €, ISBN : 978–2‑13–082702‑3

De Sutter éloge du dangerChez Lau­rent de Sut­ter, l’exercice de la pen­sée prend la forme d’un pro­to­cole d’expérimentation qui com­bine pas­sion de l’axiomatique, musique de la jurispru­dence et médi­ta­tion tout en para­dox­es. On peut voir dans les traités aus­si dens­es que jazzy qu’il délivre la ver­sion juridi­co-philosophique des Petits traités que Pas­cal Quig­nard assem­ble sous le titre de Dernier roy­aume. Après Pour en finir avec soi-même (Propo­si­tions, 1), Éloge du dan­ger (Propo­si­tions, 2) déroule un paysage con­ceptuel qui aus­culte la notion de dan­ger et celles, lim­itro­phes et com­bi­en dif­férentes, de risque, de péril. Con­tin­uer la lec­ture

Huxley, homme précaire et extra-lucide

Un coup de cœur du Car­net

Pas­cal CHABOT, Six jours dans la vie d’Aldous Hux­ley, PUF, 2022, 56 p., 7,5 € / ePub : 4,99 €, ISBN : 978–2‑13–083344‑4

chabot six jours dans la vie d'aldous huxleyQue sont six jours dans la vie d’un indi­vidu ? Bien peu de choses. Mais six journées con­stituent par con­tre autant de bifur­ca­tions, de portes qui don­nent accès à de nou­velles per­cep­tions sur une des­tinée. Le philosophe Pas­cal Chabot a sondé celle de l’écrivain bri­tan­nique Aldous Hux­ley (1894–1963) en en carot­tant six moments-clés. Le petit livre qui en ressort pour­rait appa­raître comme le titre ini­tial d’une nou­velle col­lec­tion, dont l’idée serait des plus orig­i­nales : s’arrêter sur six instan­ta­nés d’une vie, passés au révéla­teur de l’écriture. Mais ces pages sont uniques, et leur den­sité tient à ce qu’elles ont d’abord été écrites dans un souci de partage direct. Leur des­ti­na­tion pre­mière était la per­for­mance orale en pub­lic, au Fes­ti­val Les Inat­ten­dues de Tour­nai… D’où le courant qui passe du texte au lecteur, devant qui un por­trait se des­sine à coup de flash­es jamais figés. Con­tin­uer la lec­ture

Pour en commencer avec le devenir…

Lau­rent DE SUTTER, Pour en finir avec soi-même (Propo­si­tions, 1), Press­es uni­ver­si­taires de France, coll. « Per­spec­tives cri­tiques », 2021, 214 p., 16 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 9782130827009

de sutter pour en finir avec soi-mêmeCe n’est peut-être pas tout le monde pareil, ou peut-être que si, mais nous avons sou­vent l’impression de vivre arrimés, assu­jet­tis, immo­bil­isés, assignés à une iden­tité. Oblig­és d’être soi. Impres­sion ? Réal­ité ? Que faire ? Pour dépass­er cet état, détecter, affron­ter les éventuelles chaînes, camisoles, injonc­tions, certain·e·s pensent que la force est en eux, dans les ouvrages de développe­ment per­son­nel ; d’autres, plus sage­ment et plus aven­tureuse­ment, préfèrent se plonger dans des œuvres éman­ci­patri­ces, comme celle de Lau­rent de Sut­ter, par exem­ple. Con­tin­uer la lec­ture

Sagesse de la progression en spirale ?

Pas­cal CHABOT, Avoir le temps. Essai de chronoso­phie, PUF, 2021, 209 p., 17 € / ePub : 13.99€, ISBN : 978–2‑13–082534‑0

chabot avoir le temps essai de chronosophieSi la philoso­phie, depuis l’étonnement, s’exerce dans la ques­tion­nement rad­i­cal, aucune ques­tion, out­re celle du « pourquoi y a‑t-il quelque chose plutôt que rien ? », n’est plus rad­i­cale que celle du temps. Et si la plu­part d’entre nous ne se la pose pas, c’est bien sûr que le temps est un prob­lème sans solu­tion, ce qu’on appelle les apor­ies du temps (est-il linéaire ou cir­cu­laire, cos­mologique ou biologique, col­lec­tif ou indi­vidu­el, immo­bile ou changeant, etc.). Il en ressort que le temps n’est pas un prob­lème qui appelle une solu­tion, mais une ques­tion ouverte qui ne se résout pas, mais se médite. Con­tin­uer la lec­ture

Croyance et jeu

Un coup de cœur du Car­net

François DE SMET, Deus Casi­no, PUF, coll. « Per­spec­tives cri­tiques », 2020, 242 p., 18 €, ISBN : 978–2130810247

C’est en par­tant du pasta­farisme — cette reli­gion par­o­dique et loufoque créée par Bob­by Hen­der­son en 2005 — que le philosophe et essay­iste François de Smet inter­roge la nature des reli­gions et s’efforce de met­tre au jour les fon­da­men­taux au principe de leur genèse. Si seule son ini­tiale le dis­tingue du rasta­farisme, le pasta­farisme n’a rien en com­mun avec le pre­mier. Basé sur une divinité « faite de boulettes et de pâtes cuites », ce nou­veau culte appa­rais­sant comme un can­u­lar inof­fen­sif entraîne un ébran­le­ment des fron­tières séparant le religieux du non-religieux. Si le chré­tien arbore le signe de la croix, le pasta­farien a comme signe dis­tinc­tif une pas­soire sur la tête. Au fil d’analyses aus­si solide­ment étayées qu’audacieuses, s’appuyant entre autres sur les travaux de Jean Huizin­ga, Deus Casi­no part du tor­pil­lage des fonde­ments de la reli­gion que pro­duit le pasta­farisme : par-delà sa charge d’autodérision, le culte d’une nou­velle divinité appelée « Mon­stre en spaghet­ti volant » dyna­mite les cer­ti­tudes sur ce qui est religieux et ne l’est pas. Pourquoi, au nom de quoi recon­naître des reli­gions insti­tuées dont les piliers de la foi vio­lent la ratio­nal­ité, les acquis de la sci­ence (immac­ulée con­cep­tion, transsub­san­ti­a­tion…) et refuser un culte fondé sur un « Mon­stre en spaghet­ti volant » ou encore sur les Schtroumpfs ou les licornes de mer ? Con­tin­uer la lec­ture

Le tournant postcritique

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rent DE SUTTER (dir.), Post­cri­tique, PUF, 2019, 296 p., 21 € / ePub : 16.99 €, ISBN : 978–2‑13–081745‑1

Conçu comme un man­i­feste appelant à une sor­tie du règne de la cri­tique, Post­cri­tique, l’ouvrage col­lec­tif dirigé par Lau­rent de Sut­ter, inter­roge bril­lam­ment l’hégémonie actuelle de la cri­tique, plus pré­cisé­ment la déf­i­ni­tion de la pen­sée (en tous ses régimes, ses reg­istres, ses dis­ci­plines) comme cri­tique. L’on pour­rait avancer que cet ouvrage pro­duit une cri­tique de la cri­tique, une généalo­gie d’une pos­ture de pen­sée qui, héritée des Lumières, entend plac­er son exer­ci­ce sous le signe d’un exa­m­en de ses con­di­tions. Mais, davan­tage qu’une cri­tique de la cri­tique, les con­tri­bu­tions inven­tent un pas de côté, tirent des lignes de fuite, pro­posant « un régime de pen­sée alter­natif à sa soumis­sion à l’exigence de lucid­ité — un régime de pen­sée post­cri­tique » (Lau­rent de Sut­ter). Val­ori­sa­tion de l’esprit cri­tique, cri­tique lit­téraire, de ciné­ma, d’art, héritage du crit­i­cisme kantien, des philoso­phies cri­tiques de Niet­zsche, Marx, de l’École de Franc­fort, de Fou­cault… : de nos jours, sévit une pen­sée cri­tique qui, dev­enue un mot d’ordre, se pose comme dotée d’une absolue légitim­ité. Dis­crim­i­nante, elle dis­qual­i­fie ce qu’elle tient pour illu­soire. Con­tin­uer la lec­ture

Manifeste pour une pop’philosophie

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rent DE SUTTERQu’est-ce que la pop’philosophie ?, PUF, 2019, 128 p., 7 € / ePub : 5.49 €, ISBN : 978–2‑13–081634‑8

Dans Qu’est-ce que la pop’philosophie ?, man­i­feste nova­teur, ambitieux, tail­lé dans la vitesse de la pen­sée, Lau­rent de Sut­ter fait un sort au grand partage entre choses dignes d’être inter­rogées et choses reléguées dans l’inintéressant. À ceux qui, ran­i­mant l’interrogation socra­tique « Y a‑t-il une Idée de la boue, du poil ? », tranchent par la néga­tive, à ces excom­mu­ni­ca­teurs de réal­ités dotées d’une valeur ontologique et épisté­mologique moin­dre voire nulle, cet essai qui a la ful­gu­rance d’une flèche oppose la pen­sée joyeuse d’une égal­ité absolue entre tout ce qui peut faire l’objet d’un branche­ment. Com­po­si­tion musi­cale en 25 frag­ments, assor­tie de dix thès­es sur la pop’philosophie qui ren­versent les Dix com­man­de­ments sous-ten­dant l’exercice ordi­naire de la philoso­phie, l’ouvrage s’avance comme une machine de guerre pro­longeant, incar­nant le plan de la pop’philosophie que Deleuze appelait de ses vœux. Plus exacte­ment, Deleuze, tout en l’ayant par­tielle­ment mis en œuvre, le situ­ait comme un hori­zon à venir. Con­tin­uer la lec­ture

Après la loi de Laurent de Sutter

Un coup de cœur du Carnet

Lau­rent DE SUTTER, Après la loi, PUF, 2018, 272 p., 18 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑13–080144‑3

de sutter apres la loi.jpgDans le sil­lage de Mag­ic, Théorie du kamikaze, Lau­rent de Sut­ter signe avec Après la loi un ouvrage décisif qui révo­lu­tionne la pen­sée du droit. Au fil d’une éru­di­tion au ser­vice d’une inven­tiv­ité con­ceptuelle, il démonte le règne du légal­isme en Occi­dent, analyse la cor­réla­tion étroite entre loi, ordre, rai­son, police et exhume ce que l’empire de la loi a dû étouf­fer pour tri­om­pher : l’invention du droit. Le réel que la loi a for­c­los a pour nom le droit. L’entreprise magis­trale de Lau­rent de Sut­ter sépare deux régimes de pen­sée que l’on se plaît à con­fon­dre : celui de la loi qui, se ten­ant du côté de l’être, de la sanc­tion, du châ­ti­ment, s’arc-boute au sujet humain doté de droits et de devoirs et celui du droit qui, se ten­ant du côté du devenir, de la casu­is­tique, se fonde sur une per­son­ne humaine, ani­male, végé­tale… L’appel à fray­er un au-delà de la loi entend retrou­ver le droit, c’est-à-dire la magie, la jus­tice que le légal­isme a bâil­lon­nées. Le coup de force opéré par la loi con­siste à affirmer que, sans elle, le monde som­bre dans le chaos : seule l’hypothèse d’un désor­dre résul­tant de son absence donne « une jus­ti­fi­ca­tion à l’injustifiable ». Con­tin­uer la lec­ture

Pascal Chabot, des modalités de résistance

Pas­cal CHABOT, Exis­ter, résis­ter. Ce qui dépend de nous, PUF, 200 p., 18 €/ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑13–072976‑1

chabot.jpgAprès son très remar­qué Glob­al burn-out, après L’Âge des tran­si­tions, le philosophe Pas­cal Chabot nous livre un essai ambitieux inter­ro­geant les artic­u­la­tions à inven­ter entre exis­tence et résis­tance.

À par­tir d’objets matériels tels que le verre, le siège, l’écran, Pas­cal Chabot déplie une ana­ly­tique de l’existence qui mon­tre com­bi­en le verre induit une rela­tion entre dedans et dehors, dis­tribue des rap­ports sin­guliers entre intérieur et extérieur. Hen­ri Lefeb­vre, les sit­u­a­tion­nistes avaient pointé le rôle impar­ti à l’architecture dans la dom­i­na­tion des corps et des esprits et déclaré qu’afin de chang­er la vie, il fal­lait chang­er la ville. Analysant les para­dox­es d’une tech­nolo­gie qui nous dépos­sède de nos choix alors qu’elle pré­tend nous délivr­er du coef­fi­cient de la fini­tude, tri­om­pher du des­tin, Pas­cal Chabot pose une tec­tonique de l’individu con­tem­po­rain : mul­ti­ple, il serait écartelé entre trois instances — l’instance d’un moi cher­chant à trou­ver sa place au sein du sys­tème, celle d’un sujet clivé par les « ultra-forces de la mon­di­al­i­sa­tion » et celle d’un soi ouvert sur autrui. « Que faire de nos impuis­sances ? Com­ment les retourn­er en résis­tance ? ». Con­tin­uer la lec­ture

Fiction du sujet

François DE SMET, Lost Ego, la tragédie du « je suis », Paris, P.U.F., coll. « Per­spec­tives cri­tiques », 2017, 133 p., 16 €/ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2130788966

de-smetPris entre philoso­phie et lit­téra­ture, l’essai a tou­jours été un genre insta­ble. Et cette sit­u­a­tion ne fait qu’empirer : d’une part, les exi­gences internes à la philoso­phie le por­tent vers une décon­struc­tion de son ancrage méta­physique (som­maire­ment : idéal­iste et dual­iste) ; d’autre part, les exi­gences de la com­mu­ni­ca­tion le por­tent vers une sub­sti­tu­tion du style nar­ratif au style abstrait. La dif­fi­culté tient à ce que la fic­tion – au sens large du façon­nement en langage(s) – du genre « essai » ne peut pas se faire réc­it, voire « pop philoso­phie » entre post-moder­nité et pop­u­lar­ité, en se dis­pen­sant de son déroule­ment logique et de ses fig­ures con­ceptuelles… Con­tin­uer la lec­ture

Banzaï sur le réel !

Lau­rent DE SUTTER, Théorie du kamikaze, PUF, 2016, 110 p., 11 €/ePub : 8.99 €

Le kamikaze sat­ure les médias, et son obscène évi­dence, son omniprésence, sem­blent empêch­er de penser cette fig­ure con­tem­po­raine. Bien sûr, il reste pos­si­ble de l’envisager sous les angles de la poli­tique, la soci­olo­gie, la psy­cholo­gie, et de ten­ter de la pro­fil­er ; encore fal­lait-il oser s’en empar­er en philosophe, et d’en pro­pos­er la théori­sa­tion. C’est le défi que Lau­rent de Sut­ter relève à nou­veau bril­lam­ment, en mani­ant avec vir­tu­osité les con­cepts et les faits, comme afin de les faire entr­er en coïn­ci­dence (ce qui ne veut pas dire « stricte­ment les faire coïn­cider »). Con­tin­uer la lec­ture

Vers une poétique du droit des obligations

Un coup de coeur du Carnet

Lau­rent DE SUTTER, Mag­ic. Une méta­physique du lien, Paris, PUF, 2015, 110 p., 12 € / epub : 9,49 €

MagicInsai­siss­able Lau­rent de Sut­ter. Quand il n’enseigne pas à la VUB, le voici dans son bureau des PUF, où il a suc­cédé à Roland Jac­card pour diriger la pres­tigieuse col­lec­tion « Per­spec­tives Cri­tiques ». Et comme si ce n’était pas assez, il pub­lie, à tour de bras. Une lec­ture sur Deleuze et le droit. Une Méta­physique de la putain. Une Théorie du trou. Des pages sur le striptease vu comme « Art de l’agacement » (savoureuse for­mule). Aujourd’hui enfin, l’énigmatique Mag­ic. Con­tin­uer la lec­ture