
L’idole mise à nu
Auteur : Tristan Ledoux
Maison d’édition : Le chant des voyelles
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 240
Prix : 21 €
Livre numérique : /
EAN : 9782490580231
L’île de Santorin forme avec quatre autres plus petites un archipel volcanique en Grèce. Au terme de la lecture du roman de Tristan Ledoux, on ne peut s’empêcher de penser qu’il existe une analogie entre cette réalité géographique et le quatuor d’étudiants, à la fois isolés et reliés, se regroupant autour d’un certain Vladimir Santorin. Le fil de l’onomastique peut continuer à être tiré pour camper les personnages dont il est question.
Il y a Mathilde, dont le prénom aux origines germaniques trahit la propension à défendre son pré carré : aucun combat à livrer ne l’effraye et sa puissance se harnache à une profonde sensibilité. Sa compagne se nomme Solène, une femme solaire et élégante qui cache avec douceur une fermeté de fer, avec luminosité des ombres impalpables. Sylvain, qui a aussi connu le corps de cette dernière, débroussaille, quant à lui, avec vigueur la forêt des conquêtes d’un soir, tout affichant un détachement ironique face à la vie. Erwan, dit « Wan », complète la bande de sonorités bretonnes faisant écho à la mer et à la solitude. Ces aspects épousent avec justesse sa personnalité singulière : d’une apparence tranquille, le narrateur du récit est noyé dans la complexité du réel et fréquemment dilué dans le ressac de son imagination agitée, dont le lecteur ressort lui-même à la fois essoré et trempé de perplexité : « À vrai dire, j’étais partout, dans ce que je lisais et dans ce que je ne lisais pas. Le vrai problème, c’est que je n’arrivais à m’éprouver nulle part. Toujours à cheval au-dessus de la faille qui divise la gauche et la droite, le haut et le bas, l’intérieur et l’extérieur, le dedans et le dehors, l’avant et l’après, c’était ma manière à moi d’être ici, dans l’entrelacs, dans un présent qui n’était rien. »
Dix ans après la fin de leur parcours universitaire, Wan et ses amis rencontrés à la fac de Lettres sont conviés par leur ancien maitre, « dialecticien de haute voltige, magicien de la déroute », à le rejoindre dans sa propriété du sud de l’Italie. L’attraction irrésistible que Santorin exerce sur eux les pousse à s’embarquer sans grandes hésitations dans ce voyage aux contours énigmatiques. Sur place, les jeunes adultes se retrouvent coincés dans une bâtisse au confort rudimentaire, avec un vieillard en déclin qui n’a rien perdu de ses facultés intellectuelles ni de ses penchants manipulateurs : « En effet, il s’agissait pour lui non pas de transmission, le mot était bien trop faible, mais de génération, d’enfantement démiurgique, car tel était son rêve de professeur, de père et de créateur, tout cela comme par magie, à partir d’une volonté qui était aussi bien une fabrique de rêves, une usine à chimères, une école de fantômes. » Soufflant le chaud et le froid, prêchant le vrai et le faux, passant du blanc au noir, Santorin leur soumet des requêtes particulières. Mais dans quel but ? Les libérer de lui ou raffermir son emprise ? De révélations en incursions littéraires, L’idole mise à nu donne à réfléchir sur l’affranchissement, la perméabilité et l’insondabilité des êtres…
Samia Hammami