Pour voguer jusqu’au zénith !

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Poèmes à la coque. Fables pour notre temps

Autrice : Béa­trice Lib­ert

Illus­tra­trice : Clau­dine Goux

Mai­son d’édition : Le Tail­lis Pré

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 108

Prix : 16 €

Livre numérique : /

EAN : 9782874502583

En ornant les Poèmes à la coque de dessins de Clau­dine Goux, les édi­tions Le Tail­lis Pré (où Béa­trice Lib­ert a pub­lié déjà qua­tre recueils remar­qués) ont don­né à la lec­ture de neuf d’entre eux (L’angle obtus, Le bol, Le cade­nas, La cruche, La hache, L’œuf, La porte, Le vélo, Le x) une espiè­g­lerie de bon aloi pour accom­pa­g­n­er, sourire aux lèvres, la lec­ture de l’ouvrage. Quelques poèmes du recueil avaient déjà paru, illus­trés par Pierre Laroche (sous le titre Fables de notre temps aux édi­tions du Ravin en 2017 et aux édi­tions des Deux Frères en 2025 sous le titre Poèmes à la coque – Abcd’r inso­lite).

Il y a dans ces Fables pour notre temps (sous-titre du recueil) une allé­gresse com­mu­nica­tive, invi­tant à une lec­ture vagabonde de l’abécédaire décliné par Lib­ert, depuis L’allumette qui donne le ton de l’ensemble (Pétil­lante de mal­ice…) pour s’achever avec la let­tre Z et le dépit de la poétesse (Zut, me dis-je, fini d’écrire / Cet abécé­daire inso­lite) qui nous offre le bou­quet final de ce feu d’artifice : Un ultime zeste de fan­taisie, En zep­pelin, cette fois, / Pour voguer jusqu’au zénith !

La post­face éclairante et éru­dite de Daniel Laroche balise les étapes, pro­posant dif­férentes analy­ses de « tout ceci <qui> ressem­ble fort à une bro­cante – où s’embusquent ces sous-bro­cantes que sont les voca­bles poly­sémiques (…) ». L’analyse qu’il nous pro­pose en fin de vol­ume mérit­erait de fig­ur­er inté­grale­ment dans cette recen­sion. Le post­faci­er inves­tigue avec brio le chem­ine­ment de la poète – dont il con­naît bien « la poésie en habit de réper­toire » – qui entre­prend ici de « pass­er en revue, selon un ordre préétabli, quelques dizaines de menus objets dépourvus de tout pres­tige ».

Nous ne pou­vons que recom­man­der la lec­ture atten­tive de cette remar­quable explo­ration de l’abécédaire lib­er­tien.

Il reste à l’auteur de cet arti­cle la lib­erté de picor­er çà et là au gré des notes pris­es lors de la lec­ture ini­tiale, quelques mots, objets, con­cepts que la poétesse fait scin­tiller dans la joyeuse explo­ration de « l’hétéroclite réciproque du monde et du lan­gage ». Sans doute penserons-nous à Beau­carne ou à Carême en nous lais­sant porter par la fan­taisie poly­sémique des mots dont la poétesse fait son miel. En don­nant une vie inat­ten­due à L’objet, Lib­ert évoque Lamar­tine, « un cama­rade poète » sourit-elle famil­ière­ment, dont elle cite « Objets inan­imés, avez-vous donc une âme ? » Bien sûr ! sem­ble s’exclamer la poétesse, On peut le croire aisé­ment, / Tant les objets nous pro­lon­gent. / Ils sont cette part de nous-même, inso­lite / Vagabonde, héroïque, prov­i­den­tielle (…). Voilà sans doute qua­tre qual­i­fi­cat­ifs tail­lés sur mesure pour saluer l’ouvrage et, les emprun­tant à la let­tre P de Poème attribuer à l’ensemble du recueil la recom­man­da­tion qui y est pro­posée : Le poème / Est un médica­ment / Tous usages. / Util­i­sa­tion pro­longée, / Surtout sans avis médi­cal. / (…) / Tenir à portée des enfants.

On s’étonnera à chaque lec­ture de l’ouvrage, de regret­ter de n’avoir pas mis en évi­dence telle ou telle entrée de cette inépuis­able ency­clopédie, comme si, en y revenant on se rendait compte qu’on ne s’en ras­sas­ierait pas. Un dernier pour la route ? : L’homme… Tout est bon à manger / Dans l’homme, / Dis­ait un cochon / Qui ne con­nais­sait pas /L’histoire de l’inhumanité…

On referme à regret ces Poèmes à la coque. On s’en con­sole en sachant, par expéri­ence, qu’on y revien­dra à cette poésie qui, telle L’étincelle : Jubile, cli­quette, éclabousse, / Fer­raille, alerte et divine.

Jean Jau­ni­aux