Un coup de cœur du Carnet

Je suis né dans la tempête
Auteur : Jérôme Colin
Maison d’édition : Allary
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 284
Prix : 20,90 €
Livre numérique : 12,99 €
EAN : 9782370736208
Le nouveau roman de Jérôme Colin nous plonge dans l’histoire de Valério depuis sa naissance jusqu’à ses 16 ans. Né d’un père amoureux de sa voiture et d’une mère débordée, il est décrit dans le récit à des âges charnières. Même s’il est issu d’une famille pauvre, il aime son foyer pour son caractère bien vivant : les chansons italiennes de sa mère et les cris de son père quand il tue des zombies sur son écran égrènent son quotidien simple et joyeux.
Dès le début de sa scolarité, sa lenteur est pointée comme un problème par ses enseignants. Oui, il est un peu lent. Mais il est aussi gentil et discret, personne ne souligne ces qualités. Il observe avec étonnement le monde qui accélère, la solitude qui s’amplifie, les liens qui se délitent entre les êtres humains. Il peine à trouver sa place et lorsque son père meurt brutalement, il ne parvient plus à avancer dans ce monde pressé. Un séjour dans le sud de l’Italie chez ses grands-parents maternels lui fait découvrir les vertus de la sobriété et de la lenteur. Il en revient changé, mais éprouve toujours cette difficulté à avancer sans cesse et à le faire vite…
Il se lie très peu avec ses pairs, seul son ami Francis lui apporte une présence rassurante. Lorsqu’il rencontre un professeur philosophe bien décidé à mettre la matière à enseigner de côté et à développer l’esprit critique de ses élèves sur le monde, Valério vit un moment de bascule. Enfin, un enseignant qui suscite son intérêt et ne critique pas sa lenteur…
Pour eux, l’accélération n’est pas seulement un moyen de gagner de l’argent. C’est une manière de contourner le débat collectif. Elle leur sert à imposer des transformations irréversibles avant que la société ait eu le temps de les penser, de les réguler. Quand une technologie arrive trop vite, sans passer par la délibération démocratique, elle s’impose par défaut. […] On ne peut plus dire non à une technologie qui s’est installée. Elle a créé des habitudes, des dépendances, un marché. Elle est devenue la norme. C’est pour cela qu’ils bougent vite. Ils adorent la vitesse parce qu’elle empêche la résistance.
Dans son roman précédent (Les dragons), Jérôme Colin donnait la part belle au délicat thème de la santé mentale chez les jeunes. Il apparait également en filigrane dans Je suis né dans la tempête, mais l’auteur déconstruit habilement le stéréotype selon lequel les écrans sont responsables du mal-être général. Il nous raconte le quotidien d’un jeune qui a peur de tout et qui est dépassé par les bruits du monde.
La sensibilité et la lucidité du héros montrent avec une grande justesse à quel point il est difficile d’habiter humainement un monde en constante accélération, un monde où les parents mettent un écran dans les mains d’un enfant triste, un monde où les ados posent leurs questions existentielles à l’intelligence artificielle, un monde où les jeunes ne trouvent plus de sens à la vie, mais où personne ne se pose de question. Parce qu’on a pris du retard, parce qu’on n’a pas le temps de se poser des questions, parce que le temps c’est de l’argent. Parce qu’on a oublié que les êtres humains ne sont pas programmés biologiquement et émotionnellement pour aller si vite.
Je me demande comment cela est possible. Comment une fille peut disparaître sans que rien ne vacille. Je connais pourtant la réponse. Je sais qu’aller mal n’est plus une option dans un monde qui exige un sourire constant. Alors on dissimule. On fait semblant. On montre ce qui est acceptable. On enterre le reste. Pas de cris, pas de sang, pas de symptôme bruyant. Rien qui oblige à regarder. On serre les dents. Et à force, on devient transparent.
Aujourd’hui, dans chaque classe, il y a des élèves en souffrance qui se taisent pour ne pas déranger. La détresse ne renverse pas toujours les tables. Parfois, elle se tient droite, lève la main poliment, et rend même ses devoirs à temps.
Mais comme elle trouble rien, rien ne s’arrête. […]
S’arrêter reviendrait à avouer que le système a une responsabilité.
Je suis né dans la tempête nous invite à ralentir, à respecter notre rythme, à partir en quête de sens et à trouver une zone de repli, pour prendre du recul par rapport à l’effervescence du monde et à le laisser accélérer encore et encore, pendant que nous nous laissons submerger par un moment de grâce hors du temps.
Un roman à lire pour se demander dans quel monde on veut vivre et pour savourer la beauté de la vie tapie dans les petits détails du quotidien.
Séverine Radoux
Un extrait de Je suis né dans la tempête
Extrait proposé par les éditions Allary