Le désir coupable

”Falisse

Fatal Eros

Auteur : Cyrille Falisse

Mai­son d’édi­tion : Mau­rice Nadeau

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 224

Prix : 19 €

Livre numérique : /

EAN : 9782862317007

Que reste-t-il de l’amour lorsque le désir dis­parait ? Que reste-t-il de soi lorsque le désir n’est plus partagé ? L’éros irrigue le nou­veau roman de Cyrille Falisse : ce désir amoureux et char­nel qui lie Ter­rence à Ava et con­stitue une force motrice du cou­ple… jusqu’au moment où il cesse d’être réciproque.

C’est tout l’enjeu de ce sec­ond roman de l’auteur, pub­lié aux édi­tions Mau­rice Nadeau. Falisse tente effec­tive­ment d’y décor­ti­quer la lente déchirure entre un homme, cadre d’une boite de com et une jeune femme, éditrice. Dans un univers parisien où ces deux âmes se per­dent dans leurs désirs respec­tifs, le fos­sé sem­ble inter­minable. Alors, dans une prose qui se délie au fur et à mesure du réc­it, devenant tour à tour poé­tique, vul­gaire ou ciselée dans des phras­es cour­tes, on suit Ter­ence qui se perd dans la nuit parisi­enne, entre clubs échangistes, tromperies et excès. Volon­taire­ment choquantes, des scènes per­me­t­tent de creuser au plus pro­fond la psy­cholo­gie d’un per­son­nage qui se cherche avant tout, qui par­court le long chemin vers les enfers, ten­tant en vain d’y retrou­ver sa belle.

Ava, quant à elle, éditrice exigeante, veut être mère. Une fois le désir accom­pli, que reste-il ? Est-elle unique­ment mère, est-elle unique­ment femme ? Est-elle unique­ment éditrice ? En met­tant en avant son rôle d’épouse, elle se perd elle-même :

Tou­jours cette sen­sa­tion que la douleur des autres est en par­tie de sa faute. Il faut du courage pour ne pas s’abandonner à cette idée, la chas­s­er loin. Pour l’instant, elle n’y arrive pas. 

Alors quand elle décide de pren­dre sa vie en main, elle quitte enfin les enfers, telle une Eury­dice qui croise le chemin d’un Orphée défini­tive­ment aveu­gle aux désirs de l’autre.

L’on pour­rait croire à une prose insta­ble, mais c’est tout le tour de force de Falisse de nous faire com­pren­dre les émo­tions et sen­ti­ments des per­son­nages à tra­vers son écri­t­ure « poéti­co-vul­gaire » où Paris devient pavée de bonnes inten­tions seule­ment pour ceux qui y restent trop tard la nuit, per­dus en eux-mêmes, mélangeant les sen­sa­tions entre homme et ani­mal :

Je t’ai vu, tu sais, faire le chien, puis le renard, t’as un truc avec les bêtes, y en a une en toi qui veut s’exprimer. 

Une bête, oui, ou plusieurs, car un autre enjeu du roman est de voir Ter­ence se débat­tre en son for intérieur entre plusieurs pos­si­bil­ités de lui-même, chaque pos­si­bil­ité ten­tant de l’enfoncer puis de l’abattre :

Com­bi­en de temps met-on entre les dif­férentes ver­sions de soi pour qu’elles finis­sent par devenir étrangères les unes aux autres ? 

Cyrille Falisse nous offre un réc­it qui détaille la lente chute d’un homme et l’érosion d’un cou­ple, où le désir devient fatal pour celui qui s’en approche trop, comme un Eros, vic­time de sa pro­pre flèche empoi­son­née. Un lecteur aver­ti pren­dra plaisir et dégout, ent­hou­si­asme et aver­sion, joie et tristesse lors de sa lec­ture de Fatal Eros, un roman déroutant qui laisse à penser, même après la dernière page tournée.

Valère Schacht