
Tour de contrôle à…
Auteur : Benjamin Poignard
Maison d’édition : Oiseaux de nuit
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 62
Prix : 10 €
Livre numérique : /
ISBN : 978–2‑931101–79‑7
Tour de contrôle à… est le texte d’une pièce de théâtre où un homme s’adresse à la femme qu’il a aimée. Leur rupture est récente, son ancienne partenaire est présente sur scène, mais elle ne répond pas aux mots du héros blessé.
Le narrateur livre un récit très intime à la première personne sur son deuil amoureux. N’éprouvant ni colère ni tristesse, il est habité par un profond sentiment de vide, un vide empli de l’absente. Des détails de la vie quotidienne lui rappellent en effet constamment son amour perdu, il est habité par deux mouvements contradictoires : il court après un passé qui n’est plus, tout en luttant pour cesser d’aimer cette femme à qui il est encore très attaché. Son amour le consume et les mots livrés restent lettre morte auprès de la principale intéressée, ce qui est très éprouvant pour lui (« Courir après du vent, attendre un appel qui ne vient pas, des baisers imaginaires, m’endormir avec ton souvenir. Voilà mon quotidien. Me lever, lutter, t’oublier, te détester, espérer puis courir »).
Avec un style sobre et minimaliste, Benjamin Poignard nous donne à lire avec nuance les méandres des émotions du deuil amoureux. Tantôt en lutte contre sa souffrance, tantôt figé dans sa blessure, le narrateur traverse le processus de la perte comme il le peut, pas à pas, avec une conscience aigüe que plus rien ne sera comme avant, ce qui l’amène à avoir des réflexions très justes sur l’existence (« On peut oublier, on peut arrêter de penser mais on ne peut pas arrêter d’aimer. On aime peut-être un fantôme, un souvenir. Mais l’amour envers ce qui n’existe pas reste réel. Lutter ne sert à rien. »). Nous le devinons jeune et nous sentons qu’il s’agit peut-être de son premier chagrin d’amour, ce qui le rend assez touchant, tellement sa souffrance est intense.
Au début tu luttes, tu résistes, le barrage se remet en place, puis tu finis par t’habituer, tu finis même par l’aimer, ta souffrance.
C’est là qu’elle se déchaîne, quand tu finis par l’aimer. Alors le barrage cède et tu cries, tu cries et tu brûles.
Savais-tu que la voix n’est pas assez forte pour porter toute la souffrance ?
Quand la voix se casse sous les cris, tu découvres la puissance du vide dans un silence absolu. Incapable de parler, de crier, de bouger, de pleurer, de vivre, tu attends. Tu attends et tu meurs.
Goutte à goutte, la vie s’écoule, et elle te brûle.
Ce texte ne manquera pas de toucher toutes les personnes aux prises avec une perte, qu’elle soit d’ordre amoureux ou non. Puisse le temps faire son œuvre et panser les blessures du héros pour le ramener avec douceur sur le chemin de la sérénité et de la joie…
Séverine Radoux