Liliane Wouters, la voix la plus vraie

Lil­iane Wouters

Grand poète, tra­duc­trice fer­vente, anthol­o­giste pas­sion­née, dra­maturge orig­i­nale, Lil­iane Wouters incar­ne, dans cha­cun de ces domaines, la lib­erté créa­trice. Elle nous a quit­tés aux derniers jours de févri­er, mais sa voix, aux mille inflex­ions mais tou­jours vraie, nous accom­pa­gne.

La poésie a tou­jours été, pour Lil­iane Wouters, l’essentiel.

La poésie qui naît d’une faille, d’une fêlure (ain­si la définis­sait Jean de Boschère : « Et puis enfin à midi et à jeun / la pen­sée se fend et s’ouvre »), et atteint l’indicible, le sacré.

Au fil des saisons, elle a tracé, creusé un chemin unique, embras­sant, dépas­sant les con­traires pour aller tou­jours plus loin dans la pro­fondeur, le dépouille­ment, la lib­erté.

Son pre­mier recueil, La marche for­cée (Georges Houy­oux, 1954), par l’ampleur de son inspi­ra­tion, sa fer­meté, rares chez une jeune fille de vingt-qua­tre ans, lui val­ut une recon­nais­sance immé­di­ate. Dans son avant-pro­pos, Roger Bodart salu­ait cette jeune incon­nue qui lui avait envoyé, deux ans plus tôt, des poèmes qui l’avaient frap­pé : on sen­tait bien que leur auteur « igno­rait presque tout de la lit­téra­ture d’aujourd’hui. Sa valeur venait de là : elle ne devait rien qu’à elle-même ».

Dès ce pre­mier livre, son ton s’imposait. Ode à Mère Flan­dre (« ma terre mys­tique et baroque / je suis encore ton enfant. »). Requiem espag­nol. Présence de Dieu et du dia­ble. Bal­lades et tableaux du temps jadis. Enfan­te­ment du poème (« Mon dou­ble, mon écho, poème en devenir / avec ta voix étrange / serais-tu pas le Dieu, qu’un soir pour m’endormir / me promet­tait un ange ? »). Allé­gresse (« l’amour de vivre est mon partage »). Âpreté (« Morts, ne me dites plus que je suis votre sang, / Car je ferai la sourde. / Je ne pour­rais aller où votre âme descend : / Ma besace est trop lourde. »).

Ce recueil « noir, rouge et or » s’achève sur un provo­cant L’enterrement du bon Dieu — qui, toute­fois, « n’est jamais si fort que lorsqu’on l’a tué ». Il se voy­ait décern­er qua­tre prix, deux à Brux­elles, deux à Paris.

Dans les marges du deux­ième, Le bois sec (Gal­li­mard, 1960), plus ser­ré, dense jusqu’à la dureté (« Je mon­tre mon bois fos­sile / c’est lui qui flambe le mieux »), elle notait : « Aucune recherche esthé­tique ou intel­lectuelle ne me guide, le poème répond à un besoin. Met­tons que ce soit un cri. Mais un cri con­trôlé ».

Cri de douleur, de dés­espoir, Le gel (Seghers, 1966) atteint un absolu glacé (« Chute noire, ver­ti­cale, / gouf­fre vide où je me fonds. / Voici la dernière escale. / L’ancre ratisse le fond. »). Une boulever­sante nudité. Où « sous le tran­chant / des lames, sous la glace, à roche fendre / je puisse enfin mon âme faire enten­dre ».

Après ce livre transperçant, dix-sept années s’écouleraient avant que ne resur­gisse le poète dans L’aloès (Luneau Ascot, 1983), qui réu­nit l’essentiel des trois recueils de jeunesse et les com­plète, sous le titre État pro­vi­soire, d’une belle mois­son d’inédits. Plus de glace, mais les eaux vives, les musiques, les couleurs d’une renais­sance. « L’amour n’a ni com­mence­ment ni fin. / Il ne naît pas, il ressus­cite. / Il ne ren­con­tre pas, il recon­naît. » « Par­fois l’amour et le désir dor­ment ensem­ble. / En ces nuits-là on voit la lune et le soleil. » « Par­tir avec en soi la page sou­vent lue, / L’arbre dont on con­naît chaque frémisse­ment, / Le fam­i­li­er vis­age où pas un trait ne ment. » « Je n’ai qu’un cri pour témoign­er de moi. »

Un théâtre doucement absurde,
cocasse et déchirant

Si, entre Le gel et L’aloès, le poète se retranche dans le silence, Lil­iane Wouters restait bien présente à tra­vers ses pièces de théâtre et des antholo­gies.

Elle avait déjà fait une incur­sion à la scène, sur une sug­ges­tion de Claude Eti­enne, directeur du Rideau de Brux­elles, avec Oscarine ou les tour­nesols, pièce grinçante sous une impétueuse fan­taisie.

Suiv­aient La porte (1967) et son inquié­tante énigme, obsé­dant une famille qui ne voit plus qu’elle dans la mai­son fraîche­ment achetée, cette porte sans clenche ni ser­rure qui, pressent-on, recèle un piège. Vies et morts de Made­moi­selle Shake­speare (1979), avec des « s » car « au cours de son exis­tence, cha­cun naît et meurt plusieurs fois ». Com­mandée par Albert-André Lheureux, dans le cadre d’un pro­gramme exclu­sive­ment belge à L’Esprit frappeur, la pièce racon­te l’itinéraire de Williame, jeune femme écrivain qui se prend pour un des plus grands, Shake­speare. Au terme de maintes ren­con­tres sur­prenantes, de Némé­sis (le des­tin), Cathar­sis (la purifi­ca­tion) au doc­teur Ric­o­chet ou au Grand Mécène, et surtout de celle d’Agathe, la révéla­tion mag­ique et douloureuse de l’amour, Williame descend jusqu’au fond de sa soli­tude, jusqu’à sa réal­ité la plus pro­fonde, et devient elle-même (« Cha­cun tisse en soi sa pro­pre douleur / Dans l’amour per­du cha­cun regrette non ce qu’on lui ôte mais ce que lui-même y avait mis »).

Aux antipodes de cette veine poé­tique, douce­ment absurde, cocasse et déchi­rante, la comédie réal­iste La salle des profs (1983) crépi­tait d’une  ironie et d’une drô­lerie irré­sistibles. Celle qui fut, avec bon­heur, insti­tutrice durant trente ans, y cro­quait sur le vif une poignée d’enseignants avec une joyeuse féroc­ité. Un suc­cès mémorable !

L’année suiv­ante L’équateur invi­tait au voy­age sur un grand voili­er emmenant cinq pas­sagers vers une ligne mys­térieuse, peut-être fatidique. L’angoisse monte à bord. L’un se décou­vre une âme ; un autre voit se con­fon­dre le point final avec un point d’incandescence. Et, tan­dis que se pro­file l’inéluctable, les voyageurs débat­tent, s’interrogent : qu’est-ce que le bon­heur ? Le doc­teur Nix a sa réponse, douce-amère : « C’est ce qu’on avait, quand on ne l’a plus. Ce qu’on voudrait quand on ne l’a pas. Ce qu’on aura, avant qu’on l’ait ».

Dans sa dernière pièce, une tragédie his­torique, Char­lotte ou la nuit mex­i­caine, Lil­iane Wouters nous mon­tre l’héroïne, enfer­mée dans sa folie, som­brant dans la nuit, et plante devant elle trois ser­vantes qui, face à ses cris dés­espérés, à ses délires, tien­nent, sans guère de com­pas­sion, le lan­gage de la rai­son.

Point de pro­longe­ment du poète chez la dra­maturge. D’emblée, Lil­iane Wouters adop­tait un lan­gage dif­férent, plus direct, plus dru, plus con­cret. « Autant mon ‘je’ poé­tique, nous dis­ait-elle un jour, se sent habité par quelqu’un, autant mon ‘je’ dra­ma­tique a pour fonc­tion d’habiter, d’occuper ses per­son­nages. […] Con­clu­ons ain­si : le ‘je’ du poète serait per­son­ne ; celui du dra­maturge serait plusieurs. »

Le théâtre, c’est le plaisir de com­mu­ni­quer, de (se) diver­tir, de con­stru­ire une trame, d’émouvoir, de faire rire. La pos­si­bil­ité de libér­er, d’extérioriser des côtés de soi qui sont par­fois loin de la poésie, et ain­si d’épurer celle-ci.

Ses amis, paraît-il, la recon­nais­sent mieux dans son théâtre, car il est, à son image, « loufoque, triste et gai ».

Une anthologiste qui part des textes
plutôt que des noms

Nous avons décou­vert l’anthologiste dans l’intrépide Panora­ma de la poésie française de Bel­gique (1976), qu’elle com­posa à la demande de Jacques Antoine, avec l’indépendance d’esprit et l’exigence qu’on devine. Tran­chant sur nom­bre de flo­rilèges égrenant les noms de poètes mineurs jamais mis en doute : « Nos Giraud, Gille et autres Gilkin cachèrent longtemps l’admirable Max Elskamp. » C’est que, observe-t-elle en préam­bule, le faiseur d’anthologie part générale­ment des noms. Il ne juge pas l’arbre à ses fruits et décide des fruits à par­tir de l’arbre. Au con­traire, elle est par­tie des fruits, donc des textes, et a dess­iné hardi­ment ce panora­ma scan­dé de thèmes  où elle a refusé de se citer. Par élé­gance. Et parce que, à cette époque, elle tra­ver­sait une péri­ode d’incertitude à l’endroit de ses pro­pres poèmes. Et puis, ajoutait-elle mali­cieuse­ment quand on regret­tait cette absence : « Cela me per­met de répon­dre à ceux qui se plaig­nent de ne pas fig­ur­er dans le livre : vous n’êtes pas le seul, moi non plus je n’y suis pas ! »

Après Terre d’écarts, avec André Miguel, et Ça rime et ça rame, choix de poètes belges des­tiné au jeune pub­lic, Lil­iane Wouters se lançait, aux côtés d’Alain Bosquet, dans l’aventure d’une mon­u­men­tale Poésie fran­coph­o­ne de Bel­gique. « Pour juger – avec amour et objec­tiv­ité – la poésie, il est préférable d’être deux », écrivaient les auteurs en intro­duc­tion. Leur cre­do : « Le poème durable est celui qui provoque un choc ».

Quelque dix ans de recherch­es, de lec­tures, de réflex­ions, par­fois de débats et, au total, un bilan magis­tral. Surtout pré­cieux par les noms oubliés, mécon­nus, qu’il sort de l’ombre, voire ressus­cite. Déployé en qua­tre vol­umes (parus entre 1985 et 1992, l’Académie prenant le relais des édi­tions Traces) qui, cou­vrant les poètes nés entre 1804 et 1962, explorent un siè­cle et demi de poésie.


Lire aus­si : entre­tien avec Lil­iane Wouters autour de La poésie fran­coph­o­ne de Bel­gique (C.I. 74)


Enfin, elle sig­nait, avec Yves Namur, Le siè­cle des femmes (Les Éper­on­niers, 2000), antholo­gie de la poésie fémi­nine en Bel­gique et au Lux­em­bourg au XXe siè­cle, et Poètes aujourd’hui (Le Tail­lis Pré, 2007).

La poignante plénitude
des poèmes de la maturité

L’an 1990 paraît Jour­nal du scribe, livre de rup­ture, point de non-retour. Lil­iane Wouters  aban­don­nait la métrique régulière pour le vers libre, ain­si que le lui avait prédit Alain Bosquet, et, pour la pre­mière fois aus­si, elle s’effaçait der­rière un autre : le scribe.

« C’est un livre qui me précède, nous dis­ait-elle, comme si quelqu’un mar­chait devant moi, qui me l’avait dic­té. Je l’ai écrit dans une pro­fonde sérénité, une sorte de vacuité, un  état sec­ond, à la fois d’extrême lucid­ité et de dépos­ses­sion de moi. »

Il résonne tou­jours en nous, avec ses accents d’une poignante pléni­tude. « Fixe un point devant toi, regarde au loin, / même si tout n’est que mirage, / même si loin il n’y a rien. » « Tu crois pos­séder, tu n’as rien. / Tu crois avancer, tu n’as pas bougé. / Tu crois appartenir, tu échappes. / Tu crois habiter, tu tra­vers­es. / Tu crois finir, tu com­mences. »

Dix ans plus tard, Le bil­let de Pas­cal alterne – et con­cilie éton­nam­ment – les fig­ures de Blaise Pas­cal en son heure d’illumination, de sa bien-aimée grand-mère Clé­mence. Retra­verse des plages de sa vie, telle son ado­les­cence de pen­sion­naire à l’École nor­male de Gijzegem, d’où elle sor­ti­ra insti­tutrice. « Mon Port-Roy­al, des murs de pierre grise / entre deux car­rés de navets ». Elle évoque aus­si le temps venu d’apprendre à s’en aller tout douce­ment, pas à pas…

En 2009, Le livre du soufi fait chanter des poèmes d’amour. « Et si l’amour qui pos­sé­dait deux êtres / Après leur mort devait se ranimer ? / Se retrou­vant et sans se recon­naître / Ils ne pour­raient que de nou­veau s’aimer. » « Aimer, c’est à tra­vers le corps / Ren­con­tr­er l’âme, c’est aus­si / Par les sen­tiers de l’âme aller / À la décou­verte du corps ». Des prières : « Seigneur, par­donne-moi / Même devenu grain de sable / Et ce grain per­du dans la mer / Tu sauras où me retrou­ver, / J’existerai tou­jours pour toi ». La nos­tal­gie des amis dis­parus : « Pour­tant ils étaient là / Autant que moi vivants / Et par­fois davan­tage ». De médi­ta­tions sur le temps, la mort, l’éternité…

Ces trois per­son­nages – le scribe, Blaise Pas­cal, un soufi sans nom –, très dif­férents mais unis par l’écriture, nous revi­en­nent dans Trois vis­ages de l’écrit (Espace Nord, 2016), promis à devenir un livre de chevet. Accom­pa­g­nés d’une con­ver­sa­tion entre l’auteur et Yves Namur et d’une post­face de celui-ci.


Lire aus­si : notre recen­sion de Trois vis­ages de l’écrit


Dans l’intervalle, on ne peut oubli­er le dernier recueil de Lil­iane Wouters, le très beau et prenant Derniers feux sur terre (Le Tail­lis Pré, 2014). Le chant d’adieu du vieux cap­i­taine Nobody, porté par une ultime flam­bée de pas­sion, un espoir fou, qui bal­aient les mis­ères, les défail­lances de l’âge, et pour lesquels il vaut la peine de mourir.

Au fil de son dia­logue avec Yves Namur, qui pro­longe l’émotion des poèmes réu­nis dans Trois vis­ages de l’écrit, elle s’ouvre de son rap­port à la mort qui remonte à l’enfance. Sa ten­ta­tive, au long des années, de l’apprivoiser. Le grand point d’interrogation de « l’après la mort », de l’au-delà. Et elle con­fie : « J’ai noté quelques vers pour un prochain livre, si j’en ai encore l’occasion, et je les met­trais volon­tiers sur ma tombe. Immé­di­ate­ment après mon nom, il y aurait : ‘Je, c’est-à-dire le principe qui m’anime et qui pour­suiv­ra son voy­age en me quit­tant’ ».

Plutôt que de foi, elle préfère par­ler d’espérance.

Et de l’amour, qui fut « la grande affaire » de sa vie, et sans lequel elle n’aurait « absol­u­ment pas » pu écrire. « Ce n’est pas un thème, c’est un moteur ! Je veux me dépass­er, sor­tir de moi au moment où j’aime… » « Oui, j’ai brûlé et je me suis brûlée ».

« Fille de Flandre
aimant le parler français »

Une œuvre mul­ti­ple, oui. Inépuis­able, en vérité !

Car nous n’avons pas encore abor­dé la tra­duc­trice inspirée de textes fla­mands du Moyen Âge Belles heures de Flan­dre (Seghers, 1961, Les Éper­on­niers, 1997), Rey­nart le Goupil (Renais­sance du Livre, 1974) et de Gui­do Gezelle (Seghers, 1965) et Un com­pagnon pour toutes les saisons : Gui­do Gezelle (Autre temps, 1999).

Un tra­vail mag­nifique, porté par ce désir, qu’on retrou­ve chez l’anthologiste, de faire con­naître, réson­ner, les œuvres aimées, de trans­met­tre, de partager. Et qui ren­voie à sa dou­ble cul­ture de « fille de Flan­dre, aimant le par­ler français ». Roger Bodart ne recon­nais­sait-il pas, chez l’auteur de La marche for­cée, l’humour de Breughel allié à la mélan­col­ie d’Apollinaire ?

Ni évo­qué le mer­veilleux Paysage fla­mand avec nonnes (Gal­li­mard, 2007, Espace Nord, 2013), réc­it tour à tour sar­cas­tique et atten­dri, allé­gre­ment féroce et déli­cate­ment nos­tal­gique de ses années à Gijzegem, rebap­tisé Gies­land.

Années austères : dis­ci­pline stricte, fru­gal­ité, con­traintes et prières per­pétuelles, mais aus­si éclo­sion d’amitiés inde­struc­tibles, éclats d’impertinence, de folle gai­eté, de rébel­lion. Et, pour la jeune cita­dine qu’elle était, décou­verte frémis­sante de la nature au gré des saisons. Au final, c’est un sen­ti­ment de grat­i­tude qu’elle éprou­ve pour cette « école de vie » où elle a puisé des forces et perçu, au-delà de l’étroitesse d’esprit, une cer­taine noblesse.

Il faudrait dire encore tant de choses…

Son amour de la mer (la mer du Nord, la vraie !). La mer, s’enthousiasmait-elle, c’est l’ouverture vers ce qui n’a pas de fin, et aus­si un mou­ve­ment, un rythme per­pétuels.

Son entrée, en 1985, à l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es. Reçue par Jean Tordeur qui ne cachait pas sa joie et son émo­tion, elle met­tait, dans l’éloge de son prédécesseur Robert Gof­fin, la per­spi­cac­ité, la lib­erté, l’ironie chaleureuse qu’on attendait d’elle. Et que Gof­fin eût été le pre­mier à savour­er, ravi d’entendre ain­si célébr­er sa place à l’Académie : « Le fau­teuil le moins rigide, le plus mobile, le moins con­ven­tion­nel, le plus mul­ti­forme et, sans doute aus­si, le plus spa­cieux de notre assem­blée ».

Com­ment faire l’impasse sur les nom­breux prix qui ont jalon­né son par­cours ? Des Prix Renée Vivien, Louise Labé au Prix tri­en­nal de Poésie ; de la Bourse Goncourt de la Poésie au Prix Mon­taigne ; du Prix quin­quen­nal de Lit­téra­ture au Prix Apol­li­naire…

Com­ment ne pas garder en nous l’écho de son écla­tante affir­ma­tion : « L’art de vivre pour moi, con­siste à chang­er d’écorce », qui donne son titre à l’une de ses deux antholo­gies per­son­nelles : Chang­er d’écorce. Poésie 1950–2000 (La Renais­sance du Livre, 2001), l’autre s’intitulant Tous les chemins con­duisent à la mer (Les Éper­on­niers, 1997).

La trace de sa farouche indépen­dance, à l’écart des mon­dan­ités lit­téraires comme des sen­tiers bat­tus : « Il est tou­jours bon d’être en marge : cela développe l’acuité, la com­bat­iv­ité ».

Son sens de l’amitié. Son rire sonore, ponc­tu­ant une joyeuse imper­ti­nence au détour d’une con­ver­sa­tion télé­phonique, un mois peut-être avant sa mort.

S’il faut choisir un dernier mot, ce sera : lyrisme (« lyrique je suis, je reste »), vibrant sous la bride ser­rée.

Le plus beau vers de la langue française n’était-il pas, à ses yeux, celui d’Anna de Noailles : « Nous n’aurons plus jamais notre âme de ce soir ».

Francine Ghy­sen


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n° 191 (juil­let 2016)