Archives par étiquette : Éric Thérer

Où l’on ramène une bonne dose de réel dans un monde qui se rêverait aseptisé

Éric THÉRER, Le déficit des années antérieures, East­ern Bel­gium at night, 2017, 7 €, 56 p.

therer le deficit des années anterieuresUn con­stat tout d’abord : Le déficit des années antérieures est un objet soigné. Très classe. « Fait mai­son », pour­rait-on dire. Ou du moins ayant les qual­ités de tout objet conçu avec amour. Se parant soudaine­ment d’une aura qui le dis­tingue des autres. Le déficit des années antérieures ne dif­fère pas en cela des autres livres d’Éric Thér­er. Un poète pour­tant qui aime s’af­franchir de la page. Sor­tir ses poèmes du petit monde des livres et des revues, pour nous les dire, assén­er sur scène, entouré de com­pars­es, d’amis musi­ciens élec­tro-con­tem­po­rains. Con­tin­uer la lec­ture

La vie ordinaire. Propos à propos d’Éric Thérer

Éric THÉRER et Ben­jamin MONTI, Ping-pong, East­ern Bel­gium at night, 2015, 300 p., 8 € ; ORDINAIRE (Éric THÉRER et Stéphan INK), Le temps qu’il fait, CD, les édi­tions East­ern

thererDécédé en 2014, Bernard Hei­d­sieck, immense poète, n’est décidé­ment pas près de som­br­er dans l’ou­bli. Tant mieux tant mieux. C’est que, de son vivant, il n’ar­rê­tait pas de faire des petits, le bougre, d’in­spir­er du monde dans les par­ages de la poésie sonore et de la poésie action. Dans les par­ages d’une poésie qui, hop !, décide de sor­tir lit­térale­ment de la page, d’user de tous les moyens tech­niques et tech­nologiques pour se faire enten­dre en per­for­mance, sur scène, hors des recueils, dans des formes totale­ment étrangères aux canons clas­siques. N’hési­tant pas, par exem­ple, à utilis­er des langues et des manières de faire issues de nos écrits et usages les plus quo­ti­di­ens : let­tres admin­is­tra­tives, relevés ban­caires, infos dif­fusées à la radio, etc. C’est que, de son vivant, Bernard Hei­d­sieck n’a eu de cesse de créer, à par­tir de ces langues a pri­ori « déshu­man­isées », a pri­ori à mille lieues du « fris­son poé­tique », des objets lumineux et jouis­sifs, à lire, voir et enten­dre, des objets drôles et cri­tiques, éminem­ment en prise sur leur époque. Usant, par exem­ple, lui, le ban­quier, des lan­gages économiques pour tir­er sar­cas­tique­ment le por­trait du monde con­tem­po­rain. C’est que, de son vivant, Bernard Hei­d­sieck aura été l’un de ceux qui n’au­ront pas cessé de « bidouiller », super­posant, par exem­ple, sur scène voix enreg­istrées et voix « live », com­posant directe­ment ses poèmes sur mag­né­to­phones plutôt que sur papi­er. Ouvrant ain­si la voie à bon nom­bre de « poètes per­formeurs » actuels. Con­tin­uer la lec­ture