Jean-Marc Rigaux, C’était demain

Aux frontières de l’impossible

Jean-Marc RIGAUX, C’é­tait demain, Mur­mure des soirs, 2012

rigaux c'était demainInspiré sans doute par le titre du film de1979 signé Nicholas Mey­er, Jean-Marc Rigaux, avo­cat lié­geois et nou­vel­liste paten­té, pub­lie C’é­tait demain, un recueil dont le pre­mier texte « Wel­come to the lim­it », con­firme un bel appétit pour le fan­tas­tique mât­iné de sci­ence fic­tion. Un employé de lab­o­ra­toire y développe des recherch­es per­son­nelles visant à neu­tralis­er la ten­sion super­fi­cielle de la mem­brane biologique. Bin­go : ça marche ! Et si bien qu’en l’ex­péri­men­tant sur lui, il devient pour quelques heures tout l’im­meu­ble, toute la France et jusqu’à la Terre entière.

Recherch­es per­son­nelles – périlleuses aus­si – que celles du dis­cret Matthieu qui parvient à sur­class­er le CERN avec un cyclotron minia­ture de son inven­tion pour percer le secret du gravi­ton et de la com­mu­ta­tion de la matière en énergie pure. Plusieurs textes témoignent de la fas­ci­na­tion de l’au­teur pour les fluc­tu­a­tions tem­porelles, mais aus­si pour la pré­car­ité du principe de per­son­nal­ité. Comme dans « Corps à corps » où un kinésithérapeute décou­vre son pou­voir de pénétr­er à l’in­térieur des autres et d’in­fléchir ain­si leurs com­porte­ments pour la bonne cause. Avec les risques présen­tés par cer­taines sit­u­a­tions épineuses qui l’oblig­ent à « descen­dre en marche » de son hôte – ou de son hôtesse – involon­taire. On décou­vre aus­si com­ment une concierge très effacée peut être investie mal­gré elle par une force qui lui fait tenir des pro­pos vengeurs et injurieux à l’é­gard des locataires. Ou encore le pou­voir malé­fique des lunettes qui désha­bil­lent les autres, au physique, mais plus encore au moral. Et l’on partage aus­si, au fil de ces nou­velles d’une extrav­a­gance sou­vent sig­nifi­ante, le soulage­ment du curé qui guérit enfin de l’im­mor­tal­ité que la fac­ulté lui a décou­verte, pour jouir pleine­ment des petits plaisirs de la vie.

Ghis­lain Cot­ton


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°175 (2013)