Paroles aînées

Éric DURNEZ, Les maisons natales, Carnières, Lans­man, 2014, 39 p., 9 €

durnezVoilà un petit livre sin­guli­er d’une trentaine de pages à peine, mais d’une rare den­sité. Il est le fruit d’une démarche inso­lite menée par l’auteur qui a recueil­li les réc­its de per­son­nes âgées en milieu rur­al et en a fait de courts écrits conçus ini­tiale­ment pour le théâtre.

Ces six textes brefs sont un con­den­sé d’humanité. Au départ d’histoires enten­dues, l’auteur nous dit qu’une grand-mère au seuil de la mort fait appel­er son petit-fils et lui demande la faveur d’être con­duite près d’un petit lac qu’elle aimait, et ils se remé­morent de bons moments passés ensem­ble. Ailleurs, un homme retrou­ve après plus de soix­ante ans une femme qu’il a aimée jadis et qu’il vient deman­der en mariage, et ils échangent sur le temps sus­pendu sans trop se décider.  Puis un autre tente le même rap­proche­ment, mais se fait douce­ment écon­duire car il est de la colline et elle du causse. Une jeune femme vient accom­pa­g­n­er un vieil homme à l’esprit embrouil­lé qui mélange passé et présent, et elle accepte de l’entendre avant de par­tir pour la mai­son de repos. À la veille de son anniver­saire, une cen­te­naire avoue sa crainte de voir défil­er les siens et son désir plus fort que tout d’avoir la paix. Ou encore, cet homme qui écrit à son arrière-petit-fils et qui lui con­fie une his­toire qu’il n’a jamais racon­tée à per­son­ne, celle d’un jeune garçon dont il avait sauvé la vie alors qu’il était sol­dat. Ces réc­its, d’une rare sim­plic­ité, ont la force des con­fi­dences que l’on fait lorsque l’on ne red­oute plus rien, que l’on n’attend plus grand chose et que le temps est comp­té. Ils ray­on­nent de la sérénité de ceux qui se retour­nent une fois arrivés au som­met de la colline, en mots déliés, sous le jeu de l’évidence. Ce texte est l’œuvre d’un auteur qui est décédé lui-même en juin 2014 et qui laisse der­rière lui un impres­sion­nante œuvre dra­ma­tique.

Thier­ry Deti­enne