Un kaléidoscope amoureux

Claude MARTIN, Le chat de Prague, Brux­elles, Tra­verse, coll. « Lente­ment », 2014, 140 p., 14 €

martinDans ce pre­mier livre, large­ment auto­bi­ographique, Agnès, la nar­ra­trice, à l’instar du Chat de Prague, croisé dans le ciné­ma tchèque, a pour pro­gramme de saisir l’essence des gens qui l’en­tourent et d’attribuer une couleur à tout et à cha­cun. C’est à ce jeu, de pein­dre des des­tins, qu’Agnès, à tous les âges de sa vie, ne se lasse pas de jouer. La pre­mière sec­tion, « Sinon l’enfance » racon­te le rap­port priv­ilégié qu’elle entre­tient avec un père dis­paru l’année de ses quinze ans. La nar­ra­trice évolue là dans le vert par­adis de l’enfance, les jeux, un vaste imag­i­naire et la décou­verte des mots… C’est « l’heure des rêves et des raisins », car Claude Mar­tin a des for­mules heureuses qui ne sont pas sans évo­quer Colette… Mal­gré la qual­ité et la poésie de l’écriture, on déplor­era, dans la suite de ce petit livre, trop de per­son­nages sec­ondaires qui se bous­cu­lent, se mul­ti­plient et quit­tent la scène à peine esquis­sés. Si Claude Mar­tin fait avec com­pas­sion et nos­tal­gie le tableau d’une cer­taine bohème brux­el­loise peu­plée de pein­tres et de comé­di­ens, de leurs amis, de leurs amours et de leurs emmerdes, il en résulte un véri­ta­ble kaléi­do­scope amoureux, par­fois étour­dis­sant, quelque­fois décousu. Le chat de Prague, s’il perçoit les couleurs des âmes, en restitue les nuances avec un bon­heur iné­gal… D’Ag­nès elle-même, à l’âge adulte, le réc­it ne nous appren­dra plus beau­coup, sinon qu’elle aura un fils, nom­bre d’aven­tures sen­suelles et pla­toniques et un mas en Provence. Le por­trait des années d’en­fance et d’adolescence était moins pudique et plus abouti.

Ces réc­its, comme aus­si les nou­velles de Marie Bruyns, sont issus de l’atelier d’écriture de Daniel Simon. Et c’est une bonne chose que ces écrivants devi­en­nent peu à peu des écrivains et puis­sent voir leur tra­vail pren­dre la forme de livres.

Le réc­it s’achève avec grâce par un clin d’œil au poète Hen­ri Pichette et une sere­ine « Pause avant la fin », qui con­jugue la prox­im­ité de la mort avec l’amour de l’humanité. Un beau mes­sage de vie sous une plume qui se cherche encore…

Olga Kris­tel