Expansion du domaine de la bande dessinée

Un coup de coeur du Carnet

Thier­ry GROENSTEEN, Un art en expan­sion, dix chefs‑d’œuvre de la bande dess­inée mod­erne, Les Impres­sions Nou­velles, Brux­elles, 2015, 304 p., 23 €

groensteenLe 9e art explore sans cesse de nou­veaux ter­ri­toires. Il appa­raît en con­stante évo­lu­tion, ou plutôt en expan­sion, selon le terme choisi par Thier­ry Groen­steen, l’un des spé­cial­istes les plus renom­més de la bande dess­inée. Ses poten­tial­ités graphiques et nar­ra­tives sem­blent s’étendre à l’infini et il génère des ouvrages de plus en plus amples. Si l’album stan­dard de 44 pages car­ton­né reste dom­i­nant sur le marché, on trou­ve en effet aujourd’hui des nom­breuses œuvres qui tant au niveau de la forme que du sujet se démar­quent des con­ven­tions.

Pub­lié aux Impres­sions Nou­velles, de même que quelques-uns des nom­breux ouvrages de Groen­steen, comme La Bande dess­inée mode d’emploi (2008), Un art en expan­sion analyse dix albums phares, dix points de rup­ture, dix œuvres dont les auteurs ont pris des lib­ertés avec les con­traintes habituelle­ment en vigueur dans la bande dess­inée, avant de per­me­t­tre à d’autres d’emprunter les nou­velles voies ain­si créées.

Si le pre­mier album traité, La bal­lade de la mer salée, ne paraît plus si auda­cieux aujourd’hui, il l’était incon­testable­ment lors de sa paru­tion dans les années soix­ante. Avec cet album en noir et blanc de 160 pages, pre­mier véri­ta­ble roman graphique, Hugo Pratt s’affranchit de bien des con­ven­tions. A con­trario, Build­ing Sto­ries de Chris Ware ou Alpha… Direc­tions et Beta… civil­i­sa­tions de Jens Hard­er, les albums les plus récents étudiés par Groen­steen, sem­blent les plus nova­teurs et déroutent encore le lecteur.

Les albums choi­sis appar­ti­en­nent à la bande dess­inée dite d’auteur, car Groen­steen étudie le 9e art en tant que lit­téra­ture graphique. Au fil de ses lec­tures cap­ti­vantes, il passe d’une macro-lec­ture, inscrivant les albums dans l’histoire de la bande dess­inée et tis­sant des liens entre les dif­férents ouvrages, à une micro-lec­ture, analysant une planche, une case, un détail qu’il met en per­spec­tive avec un brio cer­tain.

Thier­ry Groen­steen livre un ouvrage dense, foi­son­nant, dont le pro­pos clair et pré­cis con­va­inc et ne donne qu’une envie : (re)lire les dix albums traités. Out­re ceux cités plus haut, on y trou­ve  Le Garage her­mé­tique de Jer­ry Cor­nelius de Moe­bius, Watch­men d’Alan Moore et Dave Gib­bons, L’Ascension du Haut Mal de David B., Fun Home d’Alison Bechdel, Faire sem­blant c’est men­tir de Dominique Gob­let, Là où vont nos pères de Shaun Tan et Habibi de Craig Thomp­son. Il n’est pas néces­saire de les con­naitre pour en com­pren­dre les analy­ses. Toute­fois il serait dom­mage de pass­er à côté de ces livres, essen­tiels selon Groen­steen, et qui font désor­mais fig­ure de clas­siques.

Fan­ny DESCHAMPS

♦ Lire un extrait de Un art en expan­sion, pro­posé par les Impres­sions nou­velles