Une journée presque ordinaire

Lil­iane SCHRAÛWEN, Vive­ment ce soir…, Avin, Luce Wilquin, 2016, 192 p., 19 €

schrauwen.jpgDépres­sions, burn-out, trou­bles obses­sion­nels com­pul­sifs, moments d’égarement, angoiss­es, trau­ma­tismes, insom­nies… les tour­ments de l’âme sont légion. Thomas est un jeune psy­cho­logue. Il a ouvert son cab­i­net dans une mai­son qu’il a entière­ment rénovée et a pu se créer en quelques années une clien­tèle et une solide répu­ta­tion. Nous suiv­ons l’une de ses journées quo­ti­di­ennes : le lever du lit et la douloureuse sépa­ra­tion avec Alex­ia, sa com­pagne depuis près d’un an, la plongée dans ses notes et dossiers, les ren­dez-vous du lun­di qui s’enchaînent, l’irrésistible envie d’en avoir fini avec cette journée, de retrou­ver sa moitié, de partager un peu de temps libre avec elle. Les patients de Thomas défi­lent et ne se ressem­blent pas. L’un est un exécrable per­son­nage qui ferait bien de se remet­tre en ques­tion. Un autre souf­fre de ne pas être à la hau­teur au regard de ses par­ents. L’un est rat­trapé par son passé et les images d’épouvante et de guerre qui le hantent. Une autre a dévelop­pé une mani­a­que­rie incom­men­su­rable… Cha­cun vient chercher une issue à ses prob­lèmes, une réponse, un traite­ment, une oreille atten­tive ou sim­ple­ment un peu de récon­fort. Thomas voit des avancées évi­dentes avec cer­tains. D’autres se mon­trent plus cori­aces. C’est le cas de Madame Favereaux, sa dernière patiente du lun­di.

Lil­iane Schraûwen nous dresse de touchants et authen­tiques por­traits d’êtres à la dérive. La nar­ra­tion croisée au rythme soutenu nous per­met de suiv­re la journée de Thomas tout en décou­vrant les notes de Madame Favereaux, sorte de jour­nal qu’elle tient depuis qu’elle a com­mencé ses séances. Le mal dont souf­fre cette femme est immense et pro­fondé­ment ancré en elle. Elle ressent le besoin de con­sul­ter Thomas, toute­fois elle ne se livre qu’à moitié et omet de lui révéler ses secrets les plus intimes. Les longues descrip­tions de ses tour­ments et son intro­spec­tion nous ont lais­sé le sen­ti­ment d’une lente ago­nie qui tourne en rond. Thomas parvien­dra-t-il à aider cette femme, à la soulager ou la soign­er ? Lui-même n’est-il pas tout aus­si impuis­sant dans cer­taines sit­u­a­tions et ne doit-il pas s’avouer vain­cu ? La psy­cholo­gie, cette explo­ration des âmes humaines, reste une sci­ence obscure, même pour ceux qui la pra­tiquent.

Émi­lie GÄBELE