Apprivoiser le macadam

Ethel KARSKENS, American Macadam, Bruxelles, Couleur livres, coll. « Je », 2015, 57 p., 9 €

karskensAmerican Macadam est le treizième titre de la collection « Je », dans laquelle nous avons déjà eu l’occasion d’épingler quelques pépites comme L’usine de Vincent De Raeve, Blanc foncé de Claire Ruwet, Le bureau de Thierry Ongenaed ou encore L’école à brûler de Daniel Simon, directeur et concepteur de cette collection. Collection consacrée aux récits de vie, considérés pour l’originalité du sujet mais aussi pour sa dimension littéraire.

Avec American Macadam, le récit de vie se double d’un récit de voyage. Ethel Karskens nous emmène dans une traversée en solitaire de l’Amérique profonde, de San Francisco à New York, en passant par Phoenix, Las Cruces, Austin, la Nouvelle-Orléans, Memphis et Chicago. Au point de se retrouver avec « des couches de kilomètres sur les épaules. »

Récit épistolaire également car l’auteure nous raconte cette aventure à partir de lettres que la narratrice envoie à son père, sans nous immerger dans des considérations familiales. De plus, elle décrit quelques photos prises au cours de son périple, offrant de la sorte des pauses, notamment sur ses rencontres.

Celles-ci jalonnent son aventure américaine et lui donnent sa dimension humaine. Il y a Scooter, le skateur rencontré à Golden Gate Park, Ron, l’ancien du Vietnam, sa femme Ana et leur fils Alex, Ben et Codie ou encore Misha, Niget et Allison. À leur contact, elle en apprend aussi un peu plus sur elle-même, notamment parce que « les inconnus me faisaient moins peur que la famille et les amis. Je leur devais moins. »

Écrivain, Ethel Karskens a le sens de la formule bienvenue, qui suscite la méditation et donne une dimension métaphysique à son récit : « Les mots ne rendent jamais justice à leurs racines, leurs portées et le silence sacré qui les enveloppe » ou « [Le tableau] rappelait l’infini nous entourant et cette beauté entre les grains de sable », pour n’en citer que deux. Autant de phrases pour apprivoiser le macadam américain, mais aussi pour s’apprivoiser soi-même.

Michel TORREKENS

♦ Un blog de photographies prolonge American Macadam, ainsi qu’une page Facebook

♦ Lire un extrait proposé par Couleur livres