Le nouveau « J’accuse »

Pascal VREBOS, L’accusateur ou La comédie étranglée, éditions du CEP, 2016, 64 p., 8€

vrebos-accusateur.jpgUn homme vraisemblablement en colère contre le monde nous prend à partie. Qui est-il pour se permettre de nous recracher à la face tous les travers de notre humanité ? Un philosophe ? Un vagabond qui traîne son discours de place en place ? Un despote ? Un prophète ? Un para-humain ? Il est un peu de tout cela à la fois.

Ce type qui se fait appeler Jean est avant tout un accusateur. Face au public, avec pour seule compagnie sa valise, ses bananes et ses cuberdons, Jean accomplit son devoir : accuser tout et tout le monde. Les hypocrites, les financiers, les diplomates, les familles nombreuses qui pondent chaque jour plus de gosses alors qu’il n’y aura bientôt plus assez de ressources sur terre pour nourrir toutes les bouches, les riches autant que les pauvres, les spéculateurs, les moralisateurs, les sermonneurs, les lâches, les extrémistes, les artistes, les militaires, les vieux… Tout le monde en prend pour son grade. Même le Grand Patron, son employeur, qui a créé ce grand machin pour ensuite se retirer et le laisser aller à vau-l’eau. Il accuse sa mégalomanie machiavélique. Mais on sent notre homme fatigué d’accuser, las de se livrer à ces batailles inutiles. Au fil des pages, il se révèle plus sensible, sujet à certaines révélations personnelles. La mort semble se profiler. L’heure de la retraite a peut-être sonné ? Ou lui-même ne mérite-t-il plus cette place tant il y aurait également à redire au sein de sa propre personne ?

D’une plume âpre et féroce, tout en se détachant d’un ton moralisateur, Pascal Vrebos donne une belle claque au lecteur/spectateur. Le public se voit pointé du doigt à tout moment. Il rit jaune, d’un rire étranglé, amer. Jean lui renvoie une image assez négative. L’homme doit reprendre son destin en mains. C’est à lui de se révolter, d’agir, de trouver des solutions. Jean, lâchement, désire se retirer du combat ; il n’est après tout qu’un simple accusateur, non un bienfaiteur ni un révolutionnaire.

Émilie GÄBELE