Aimer à l’infini

François HARRAY, Le Nou­veau Messie, Tra­verse, 2017, 124 p., 13 €, ISBN : 978–2‑93078–315‑4

harrayLes édi­tions Tra­verse, en col­lab­o­ra­tion avec Couleurs Livre, vien­nent de pub­li­er un sur­prenant ouvrage, Le Nou­veau Messie. Sur la cou­ver­ture, une indi­ca­tion générique : « roman ». Cette indi­ca­tion générique n’est cer­taine­ment pas incor­recte, mais elle n’est peut-être pas totale­ment juste. Dis­ons, dans une pre­mière approx­i­ma­tion, qu’elle per­met de com­mu­ni­quer sur le genre général du livre : Le Nou­veau Messie ne sera ni de la poésie, ni du théâtre.

Abor­dons main­tenant la lec­ture de ce livre d’une cen­taine de pages. Ce qui est sur­prend avant tout, c’est l’ambiance glob­ale du livre :

Madrid. 1990. Nais­sance de Gabriel. Tem­péra­ture tor­ride ‑36c. .

J’ai raté ma nais­sance. Ma mère est morte en couche. Dès la pre­mière sec­onde de ma vie, je suis devenu la haine de mon père Este­ban. 

Sont regroupés ici les deux élé­ments prin­ci­paux qui vont don­ner toute l’originalité du « roman ». D’une part, la fine appari­tion du nar­ra­teur omni­scient sous forme de sous-titres, d’autre part l’expression irrévéren­cieuse du per­son­nage prin­ci­pal.

Ne lais­sons cepen­dant pas les futurs lecteurs sur leur faim : l’ouvrage ne se lim­ite pas à des ques­tions de nar­ra­tolo­gie. Le Nou­veau Messie est avant tout un réc­it sur­prenant. Il met donc en scène la per­son­nal­ité de Gabriel, fils d’Esteban, qui a une sin­gulière car­ac­téris­tique : un insa­tiable besoin d’amour. Le jeune homme est mar­qué par ce besoin qui l’empêche de dire « non » : « Voilà le prob­lème qui me casse la tête : je ne peux dire non alors qu’il  a tant  de merdeux qui ne s’en privent pas. Je ne savais pas que c’était pos­si­ble. Per­son­ne ne m’avait expliqué cela. Je pen­sais que lorsque quelqu’un te demande de faire quelque chose, tu dois le faire. Tout faire. » Le roman nous plonge dès lors dans des sit­u­a­tions cocass­es, par­fois prob­lé­ma­tiques qui vont le con­duire aux fron­tières de la morale.

Au fil de la lec­ture, ce même texte prend dès lors de l’épaisseur et se détache du « roman léger » pour pro­pos­er un réc­it plein d’audace, qui pose un sur­prenant regard sur notre civil­i­sa­tion européenne. Le Nou­veau Messie fait par­tie de ces romans qui à la fois diver­tis­sent et posent ques­tion. N’est-ce pas ce qu’on demande à la lit­téra­ture ?

Pri­maëlle Verte­noeil