Le conte est blond

Jean-Marie PIEMME, Jours radieux, Lans­man, 2017, 48 p., 11€, ISBN : 978–2‑8071–0151‑7

piemme.jpgUne farce, une bouf­fon­ner­ie, un con­te, une his­toire d’un temps sans nuances, Jours radieux de Jean-Marie Piemme nous joue le tem­po d’un temps sans espérance et empli de peur. Il reste alors la rage, l’illusion, l’exécration des autres, le désir d’un Père sévère et fort, un tyran, ou d’une Mère….

On ne badine pas avec l’amour : chez Piemme, la ques­tion, sous des allures de comédie grinçante est tou­jours au cen­tre de son œuvre dra­ma­tique. Que faire pour que les hommes se sup­por­t­ent et ten­tent même de se tolér­er, voire de se recon­naître et d’éviter le pire, la jouis­sance de la destruc­tion de l’autre, du métèque, de l’encombrant ?

Il y a des corps, une jeune fille blonde, un père blond et une mère blonde, mais atten­tion, elle a des « repouss­es » noires et il lui prend comme un vom­isse­ment soudain, de l’arabe lui sort de la bouche comme un fiel en trop plein. Un trio car­i­cat­ur­al donc. Des blonds, sacré­ment blonds, évidem­ment, pourquoi pas des noirs, des bruns, des roux ? Des blonds bien sûr, comme ceux des imageries d’extrême-droite et de la peste… brune.

Cette famille n’en peut plus, elle gar­gouille de frus­tra­tions, colères, indig­na­tions, méchanceté. Elle se pro­jette dans des jours radieux où la blondinette sera, heil !, une femme d’avenir et de volon­té dic­ta­to­ri­ale dans le mur­mure de ce ter­ri­ble bruit qui court : « C’en est assez ».

Jours radieux grince, ampli­fie, détourne, moque, décor­tique le désir d’extrême qui sourd un peu partout en Europe. Les « migrants », les Nègres, les Arabes, les…Eskimos bien­tôt sont la teigne. Et il faut détru­ite la teigne.

Alors, dans un bril­lant bas­cule­ment, le trio médiocre laisse la place à un con­te où Blanche-Neige Démoc­ra­tie se laisse ten­ter par une pomme pas très saine. Un épais brouil­lard alors se lève. La ten­ta­tion de l’élimination des autres, l’exaltation à la haine, la més­es­time de soi, la peur sont retra­ver­sées par cette soudaine appari­tion du con­te où le rire se sus­pend.

Il y a dans l’œuvre de Jean-Marie Piemme, dro­la­tique, tou­jours atten­tive à la coex­is­tence des hommes, mal­gré les pru­rits et les puru­lences qui les frap­pent, un écho sou­vent aux pièces de Büch­n­er. Je pense ici, prin­ci­pale­ment à Léonce et Léna. C’est dire la beauté du reg­istre. Et sa néces­sité.

Daniel Simon


Jours radieux, mise en scène de Fab­rice Schillaci : au Fes­ti­val de Spa, au Théâtre Varia (Brux­elles), au Théâtre de Liège et au NEST – Cen­tre Dra­ma­tique Nation­al Trans­frontal­ier de Thionville Grand Est.