La caverne aux merveilles, l’Esprit Frappeur

Albert-André LHEUREUX, L’Esprit frappeur, réc­it d’une aven­ture théâ­trale, pré­face de Jacques De Deck­er, Genèse, 2017, 19,50 €, ISBN : 1094689092

lheureux.jpgLes sou­venirs de spec­ta­cles sont des luci­oles, elles sur­gis­sent de la nuit, nous illu­mi­nent avant de rep­longer dans l’obscurité. Les pho­tos, les vidéos, les cap­ta­tions, sont des traces sou­vent mélan­col­iques pour celles et ceux qui ont vécu la ren­con­tre de ces spec­ta­cles vivants.

Mais le temps efface peu à peu cet art de l’in­stant qui demande tant de temps pour exis­ter. Les textes, les mémoires, les témoignages, les car­nets pub­liés per­me­t­tent de revis­iter en pro­fondeur les arts de la scène qui mar­quent l’époque.

Albert-André Lheureux a dirigé qua­tre théâtres à Brux­elles de 1960 à 1990. L’E­sprit Frappeur, le Botanique, For­est Nation­al et le Rési­dence Palace. Mais ce qui a été le fer­ment de la pas­sion du met­teur en scène demeure ce petit théâtre de l’E­sprit frappeur, impro­visé puis organ­isé de façon mag­ique dans la mai­son famil­iale schaer­beekoise. Ce réc­it d’une vie de théâtre témoigne d’une aven­ture excep­tion­nelle. Elle aura mar­qué plusieurs généra­tions de spec­ta­teurs.

Par chapitres, écrits comme des con­fi­dences aux lecteurs, l’au­teur con­vie des fan­tômes majestueux (Piéral, Bécaud, Brel, Béjart, …) et salue frater­nelle­ment toutes celles et ceux qui ont fait de ce lieu une cav­erne aux mer­veilles. Les témoignages, les anec­dotes, les coups de cœur, de dés­espoir par­fois sont le lot de ces bateleurs.

L’ar­gent, … le nerf de la guerre. Il man­quait sou­vent alors l’ingéniosité scéno­graphique, la mise en scène de l’ac­cueil de spec­ta­teurs qui fai­sait déjà par­tie du spec­ta­cle, la com­plic­ité des actri­ces et acteurs de pre­mier plan ont ren­du pos­si­ble l’entreprise jusqu’à la fin.

Les scènes de théâtre sont reliées par de com­munes pas­sions même si les options dra­maturgiques, le choix des auteurs, la façon de situer le théâtre dans l’e­space pub­lic peu­vent être la source d’an­tag­o­nismes pro­fonds.

Sans le pub­lic, le théâtre ne peut rien, en tout cas pas longtemps. Il s’ag­it donc d’être à l’heure, à l’heure de ce que le pub­lic cherche con­fusé­ment, entrevoit et souhaite voir représen­té.

Albert-André l’heureux avait ce sens de la ren­con­tre, et le tra­vail de toute son équipe a fait de Brux­elles, avec d’autres théâtres majeurs et l’époque, une ville théâ­trale de pre­mier plan.

Des por­traits émou­vants, drôles, piquants font la matière de ce livre lis­i­ble par toutes les généra­tions. Elles pour­ront décou­vrir d’où est issu ce qu’on appela le Jeune Théâtre qui a engen­dré les généra­tions d’artistes d’au­jour­d’hui.

On aimerait lire encore et encore ces livres de femmes et d’hommes de théâtre qui don­nent sans compter pour que la Cité se représente et se réfléchisse chaque soir…

Daniel Simon