Les feux de l’amour

Céline NOËL, Kot & cœur, Memory, 2017, 164p., 15€, ISBN : 978-2-87413-326-8

noel.jpgAvec Kot & cœur, Céline Noël nous plonge dans l’univers estudiantin de l’Université catholique de Louvain, à travers l’histoire de 5 cokoteurs. Il y a Chloé qui multiplie les aventures d’un soir mais attend secrètement le grand amour, Laura avec son attitude libertine et son franc parler de gossip girl, Diego qui est casé avec Juliette depuis quatre ans, Tristan qui se remet difficilement de sa récente rupture, et enfin Maylis qui désespère d’être toujours vierge.

Le lecteur évolue avec cette bande de joyeux fêtards principalement préoccupés par les sorties bien arrosées et l’amour pour les uns, le sexe pour les autres. On découvre l’univers des cercles, des régionales, des baptêmes estudiantins, des pistes de danse collantes de bière et de vomi, mais aussi la vaisselle qui traîne, les cheveux dans la douche et le manque d’intimité propre à la vie en communauté.

De leurs études, on en saura peu, sauf que la période de bloque interrompt momentanément leur vie sociale. Des méandres amoureux qu’ils traversent, nous saurons tout. Tandis que l’un s’attache à l’amour, l’autre l’a perdu, une le fuit, une autre ne l’a pas trouvé et la dernière est au point mort. Les héros se posent beaucoup de questions, cherchent leurs désirs, avancent par tâtonnements et débattent à bâtons rompus sur cette question essentielle : l’amour, peut-on encore y croire ?

Chloé craignait presqu’autant la vie de couple que la solitude. Elle fuyait de nombreuses relations, par peur de s’attacher à la mauvaise personne ou de ne pas être à la hauteur. Sans même qu’elle ne s’en rendre compte, le célibat lui était devenu habituel, presque confortable, et elle craignait de s’élancer vers l’inconnu. Tristan connaissait le schéma par cœur : elle retardait la décision, puis finissait par reculer et se rassurait par des prétextes et des mensonges, jurant que la prochaine fois serait la bonne.

Si l’on met de côté la découverte du microcosme estudiantin des Néo-Louvanistes, l’intérêt du roman réside dans le dévoilement de l’ambivalence des jeunes héros. Ambivalence par rapport à leur consommation d’alcool : ils boivent pour se vider la tête et se distraire quelques heures, tout en sachant qu’ils vont être malades et qu’ils s’amusent plus en consommant trop d’alcool.

Acheter l’alcool le moins cher et le plus fort, boire à l’excès, puis tout vomir. Les étudiants se laissaient guider par la seule recherche de l’effet. Il fallait tomber dans l’ivresse le plus vite possible, pour lever les inhibitions et jouir de la perte de tout contrôle. Alcool et amusement semblaient ne faire qu’un et les excès, bien que nocifs, étaient socialement acceptés. Les étudiants racontaient leur dépravation avec une sorte de fierté, et ceux qui plaidaient pour une conduite responsable se voyaient souvent méprisés. Pourquoi critiquer ? Ces jeunes ne faisaient que s’amuser.

Ambivalence aussi par rapport à leur nouvelle indépendance : ils ont quitté le monde l’enfance et apprécient ne plus vivre avec leurs parents, mais en même temps tout va trop vite, ils ont peur de vieillir. Quel adulte vont-ils devenir ?

Un beau métier ? Tu crois vraiment qu’un seul ado comme moi rêve de devenir consultant ou responsable des ressources humaines ? Travailler en costume-cravate, patienter dans les embouteillages et revenir tard avec des dossiers à boucler, c’est ça un beau métier ? Comme maman, qui va à son cabinet et attrape des cheveux blancs pour des problèmes que personne ne comprend autour d’elle ? Sérieux, je ne veux pas de cet avenir-là.

Kot & cœur a obtenu le Prix Jeune Public Brabant wallon de la Fondation Laure Nobels.

Séverine Radoux