L’ire Lilith

Laurence HESSE, Lilith, Memory, 2017, 204 p., 19 €, ISBN : 978-2874133282

La mère de Lili est amour et abnégation et le père de Lilith, c’est un viol par cinq hommes armés. Alors que Lili grandit dans l’innocence et l’ignorance, Lilith s’épanouit dans le fracas d’un nouveau viol ; à nouveau cinq brutes. L’une d’elles est un premier amour qui offre Lili à quatre inconnus et aux éclairs de son appareil photo. Depuis lors, une jouissive soumission à la violence habite Lili et Lilith y grandit comme le spectre de la mort toute puissante dont elle menace sourdement ses amants.

Le roman de Laurence Hesse aux éditions Memory évolue en trois actes. Lili, narratrice, est d’abord Gazelle qui aime Lion. Rapidement, elle s’en rend maîtresse. « J’étais votre proie, vous êtes ma capture. Que vais-je faire de vous ? ». Elle l’attache, elle l’éventre. « C’est fou comme ça saigne un lion. » Elle veut être la seule qui l’ait « vraiment aimé, tout entier, d’un amour universel et absolu ». Alors elle dépèce celui qui est trop souvent parti et qu’elle ne peut se résoudre à ne plus posséder pleinement. Elle le tue car aucun autre amant ni aucune baise ne parviennent à l’en libérer. Lili, toujours nue, tue avec les mains de Lilith « en peau de démone. Son sang encore tiède m’habille. »

Le deuxième acte rappelle combien l’auteure de ce roman est une nouvelliste primée. L’écriture et l’action sont si différentes du premier volet de ce triptyque dramatique ! D’un huis-clos, nous passons entre Ouganda et Tanzanie. Prenant une forme davantage dialoguée et résolument épistolaire, il faut avancer loin dans ce chapitre pour comprendre que nous sommes toujours dans le même récit. « Maintenant, je couvre les pages d’un cocktail détonnant à propos de ce que je découvre sur moi-même, sur ce que je suis et ce que je serai. » En fait, malgré la douleur, les caresses comblent Lili : « Je suis encore sous le choc de l’excitation qu’elles ont provoquées… j’ai envie de l’embrasser, qu’il me prenne quitte à souffrir une nouvelle fois. »

Troisième volet et tableau final : Lilith soumet Lili. « Conçue dans la violence, impropre à donner la vie, je ne sais que semer la mort. Maman a bien choisi mon prénom Lili… Lilith, l’annonce d’un destin. Lilith, la femme avant Ève. Lilith qui refuse d’être soumise, Lilith qui tue les hommes et leurs enfants, Lilith qui choisit d’épouser le diable en personne car Dieu l’a chassée du Paradis. »

Tito Dupret