Virtuelles Belgiques


Vin­cent ENGEL, Bel­giques, Ker, 2017, 122 p, 12€/ePub : 5.99 €, ISBN : 9782875862198

engel belgiquesDix-sept nou­velles, dix-sept textes très courts qui racon­tent, cha­cun, une cer­taine Bel­gique. Pas la Bel­gique telle qu’elle est, non. Ce que la Bel­gique pour­rait ou aurait pu devenir, dans une ver­sion car­i­cat­u­rale. Querelles lin­guis­tiques, crise finan­cière, sur­vol de Brux­elles, mon­tée des eaux, fin de la Bel­gique évitée ou con­crétisée ; autant de points de départ à des his­toires met­tant en scène des per­son­nages claire­ment inspirés de per­son­nal­ités belges bien con­nues, issues du monde poli­tique, artis­tique ou des médias.

A côté des Bart Van­waf­fel, Elio, et autres Amélie Nothomb ou Pas­cal Vre­bos, un per­son­nage revient dans toutes les nou­velles : Richard Copet, un imbuvable ban­quier et homme d’affaires en tous gen­res, touche-à-tout prêt à prof­iter de toutes les sit­u­a­tions com­pliquées pour servir ses intérêts per­son­nels. Ce pro­tag­o­niste catal­yse de nom­breux défauts et sem­ble sym­bol­is­er de grands tra­vers de notre époque, des vices qu’il faut com­bat­tre et aux­quels oppos­er les élans posi­tifs dont sont capa­bles de nom­breux Belges.

En fait, les réc­its que nous livre Vin­cent Engel s’appréhendent comme des fables : les textes sont courts, les per­son­nages car­i­cat­u­raux, les sit­u­a­tions exagérées –ou du moins l’espère-t-on–, les fins ouvertes ou pas tout à fait explicites, his­toire de men­er le lecteur à la réflex­ion. Et ça marche. On se demande où l’auteur a voulu en venir, ce qu’il a voulu illus­tr­er et par­fois, quel événe­ment ou per­son­nage l’a inspiré. Néan­moins, la récur­rence des sujets et des per­son­nages dans de très brefs réc­its rend l’ensemble un peu indi­geste. Le lecteur gag­n­era à décou­vrir chaque nou­velle isolé­ment plutôt qu’à par­courir l’ensemble d’un bout à l’autre.

Le titre du recueil et de la col­lec­tion dont il fait par­tie l’annonce claire­ment : Bel­giques s’adresse à un pub­lic belge. Les références sont nom­breuses et pas for­cé­ment com­préhen­si­bles en dehors de nos fron­tières. Un cynisme cer­tain émane des dif­férentes nou­velles, toutes tein­tées d’exagération. On se dit par­fois que c’est un peu gros ; à d’autres moments qu’on espère que cela restera effec­tive­ment de la fic­tion ; et finale­ment, qu’il y a tou­jours un fond de vrai. Si le sens cri­tique de l’auteur est évi­dent dans chaque his­toire, on sent aus­si une cer­taine ten­dresse pour les dif­férents per­son­nages opposés à Richard Copet, un saupoudrage de touch­es d’espoir sur des tableaux assez som­bres. Un livre à l’image d’un ciel belge autom­nal : gris mais parsemé d’éclaircies.

Estelle Piraux