Voyage dans l’univers de Motörhead

Jacques DE PIERPONT, PATCHOULI, Alain PONCELET, Motör­book, Lamiroy, 273 p., 25 €, ISBN : 978–2‑87595–106‑9

pierpont motorbook.jpgAux bouil­lon­nantes Édi­tions Lamiroy qui ont, entre autres, déjà pub­lié les Abécé­daires Doors, Kiss, Allo Bowie ? C’est David ! et lancé une col­lec­tion de nou­velles heb­do­madaires (Opus­cule), le trio com­posé des jour­nal­istes rock Jacques de Pier­pont et Patchouli et de l’illustrateur, auteur de ban­des dess­inées, Alain Pon­celet, sort un abécé­daire trem­pé dans la pas­sion vis­cérale du rock. Loin de livr­er une analyse à froid du phénomène Motör­head, loin de retrac­er du dehors la tra­jec­toire du mythique groupe de heavy met­al, ils dessi­nent un voy­age à l’intérieur de l’univers de Lem­my Kilmis­ter et de ses musi­ciens, creu­sant aus­si bien la nou­veauté musi­cale, la sig­na­ture du groupe (énergie rebelle, ryth­mique d’enfer, riffs rapi­des, bal­lades ren­ver­santes, jeu de basse très par­ti­c­uli­er de Lem­my qui donne ce fameux « son Motör­head »…) que sa place dans l’histoire du rock, ses thé­ma­tiques, l’évolution au fil de leur vingt-deux albums, les frasques de leur vie privée. Si, illus­tré par Alain Pon­celet, pré­facé par la chanteuse, la Met­al Queen Doro Pesch et par Philippe Close, ce Motör­book ravi­ra les afi­ciona­dos de ce groupe placé sous la devise « Every­thing Loud­er Than Every­thing Else », il séduira plus large­ment les ama­teurs de rock dur et sans con­ces­sion, ral­liera ceux qui font du rock une manière de vivre, un mode d’existence vertébré par l’esprit de la lib­erté et de la révolte con­tre l’asphyxie du sys­tème.

Ni encens ni tapis rouge mais le partage d’une expéri­ence, de la fièvre d’une musique qui change la vie : notre trio d’auteurs passe der­rière le mythe Lem­my, der­rière le pow­er trio d’idoles Lemmy/Phil Campbell/Mikkey Dee (dernière com­po­si­tion du line up du groupe). Motör­head n’est pas une icône à qui on rend un culte, mais une bouf­fée d’adrénaline, un style musi­cal qui, der­rière l’image réduc­trice d’une esthé­tique de la vio­lence, du speed rock et de la hargne, cache une sen­si­bil­ité lyrique, des som­mets mélodiques, un art des textes ciselés au scalpel (aber­ra­tion de la guerre, alié­na­tion de la reli­gion, haine du con­formisme, résis­tance au pou­voir, fringale sex­uelle, pro­fes­sion de foi anar­chiste…). De ses débuts comme road­ie de Jimi Hen­drix à sa col­lab­o­ra­tion au groupe de space rock Hawkind, de la for­ma­tion de Motör­head en 1975 en pleine vague punk au suc­cès mon­di­al avec les albums Overkill, Ace of Spades, Lem­my forge un univers nour­ri par les racines du rock, la veine du blues, l’hero­ic fan­ta­sy. Faisant sauter les faux-sem­blants, les entrav­es, dyna­mi­tant les bar­rières entre les gen­res musi­caux, Motör­head a absorbé l’héritage du rock incen­di­aire, con­tes­tataire afin de le recréer. Il a sauvé la flamme d’une musique qui va droit aux tripes en bâtis­sant un lan­gage qui influ­encera déci­sive­ment le speed met­al, le trash met­al. Que, durant qua­tre décen­nies, Motör­head ait bal­ancé au monde non seule­ment une musique mar­quant un avant et un après-Motör­head mais aus­si une philoso­phie de vie, un style d’être au monde, les témoignages recueil­lis à la fin du vol­ume l’attestent (ceux d’Anik De Prins, de Michel Sti­akakis, Marc « Tem­ple » El Kha­dem…). De l’Umlaut, du tré­ma qui sur­monte le sec­ond O de Motör­head aux bootlegs, de la créa­ture Snag­gle­tooth — emblème du groupe — aux col­lab­o­ra­tions musi­cales entre Lem­my, Slash, Bri­an Robert­son ou des girls bands, des chanteuses comme Girlschool, Doro…, le Motör­book délivre mille et une approches, plongées et con­tre-plongées, musi­cales ou soci­ologiques des princes du heavy.

Véronique Bergen