Disparition inquiétante…

Willy DECOURTY, Le flic évanoui, Mar­que belge, 2018, 160 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39015–025‑1

Naguère bourgmestre d’Ixelles, Willy Decour­ty renoue avec son passé de jeune rédac­teur au jour­nal Le Peu­ple, au temps des Gold­en Six­ties, pour four­bir, avec Le flic évanoui, un réc­it qui vogue entre polar et roman d’aventures. Il habille ain­si le per­son­nage cen­tral, Maxime Rossi­ni, de son anci­enne tenue de chroniqueur cul­turel et peo­ple au sein d’une rédac­tion où les plus anciens recon­naîtront, sous les prénoms et les noms d’emprunt trans­par­ents, plusieurs rédac­teurs du jour­nal social­iste aujourd’hui dis­paru.

Au départ, Rossi­ni est chargé de chas­s­er l’information à pro­pos de la dis­pari­tion mys­térieuse d’un polici­er brux­el­lois. Un tuyau l’aiguille vers Michael, le jeune frère d’une copine de bistrot. En rup­ture d’une famille qui l’a rejeté à cause de son homo­sex­u­al­ité, l’adolescent est passé selon la pente clas­sique, de l’état de drogué à celui de deal­er avant d’être per­sé­cuté par une bande de mal­frats du milieu qui le volent, lui récla­ment de l’argent et men­a­cent de le tuer. Maxime, qui dès leur pre­mière ren­con­tre s’est pris d’amitié pour Michael, décide de le pro­téger et se lance lui-même dans l’arène en prenant des risques con­sid­érables et en enta­mant avec les affreux qui l’ont repéré un jeu d’esquive sub­til mais dan­gereux.  Bien­tôt, il devien­dra par la force des cir­con­stances une sorte de go-between entre Michael et ses anciens parte­naires qui finiront par lui pro­pos­er un marché pois­seux. Bien enten­du, le réc­it mou­ve­men­té et riche en rebondisse­ments débouchera sur un bou­quet final assez sanglant et sur des révéla­tions con­cer­nant ce « flic évanoui » par qui tout a com­mencé.

Si l’action y est intense, le roman présente aus­si (et peut-être surtout) un aspect psy­chologique très prég­nant avec, pour Maxime Rossi­ni, la prise de con­science de sa véri­ta­ble ori­en­ta­tion sex­uelle. Celle à laque­lle l’amitié envelop­pante de Michael l’éveille peu à peu au fil du réc­it et que mal­gré ses pre­miers effarouche­ments édu­ca­tion­nels, il finit par accepter et finale­ment assumer pleine­ment.

Au pas­sage Willy Decour­ty sus­cite de nom­breux affleure­ments de ce Brux­elles des années 60 « évanoui » lui aus­si.  C’était au temps (air con­nu) où l’on ren­con­trait libre­ment les célébrités du moment à la Ter­rasse Mar­ti­ni dom­i­nant le cen­tre-ville,  où les touristes mondains se retrou­vaient aus­si Chez Paul- Au Gaity, la boîte de strip-tease haut de gamme — aujourd’hui dis­parue, mais bien présente dans le sce­nario de Decour­ty — fine­ment ani­mée par Édouard Cail­laux, ami fidèle de Brel. Temps joyeux où chaque rue ou presque de ce cen­tre brux­el­lois avait son bistrot comme le Select fréquen­té ici par Maxime Rossi­ni. Un de ces lieux de récréa­tion où les jour­nal­istes échangeaient leurs infor­ma­tions au rythme des tournées et où de grands enfants (par­fois les mêmes) avaient leurs habi­tudes, refai­saient le monde,  jouaient à se chamailler pour des queues de ceris­es, s’engueulaient pour rire ou non, mais cul­ti­vaient aus­si l’amitié pour de vrai.