Fin des éditions Luce Wilquin

C’est un coup de tonnerre dans le monde de l’édition littéraire belge : Luce Wilquin a annoncé qu’elle cesse les activités de la maison d’édition qu’elle a fondée et qui porte son nom.

Un catalogue de 552 titres, fort d’auteurs aussi divers que Daniel Charneux, Éric Brucher, Dominique Costermans, Isabelle Bary, Françoise Houdart, Michel Claise, Aurelia Jane Lee ou Geneviève Damas (pour ne citer que les Belges), forgé au cours de ses 31 ans d’existence et qui recèle un prix Rossel et prix des Cinq Continents (Geneviève Damas, Si tu passes la rivière) : c’est peu dire que la maison d’édition, installée à Avin depuis 1992 (après un démarrage en Suisse en 1987) tient une place de choix dans l’édition littéraire belge contemporaine.

La santé de Luce Wilquin ne lui permet plus de continuer ses activités et aucun accord n’a pu être conclu avec un repreneur. Les livres parus cet automne sont donc les derniers publiés sous ce label.

À l’occasion du 500e livre paru aux éditions Luce Wilquin, en 2015, Le Carnet avait consacré un article à ce « foyer de résistance littéraire », comme l’avait appelé Ghislain Cotton. Voici ce qu’il en disait :

Les éditions Luce Wilquin qui ont pris leur vrai départ en 1992 viennent de franchir le cap des cinq cents ouvrages. Comme le dit leur créatrice : « une sacrée étape dans l’investissement d’une maison d’édition littéraire indépendante au service des textes et de leurs auteurs ». L’ouvrage qui marque cette étape – Dans le bleu de ses silences – ne passe pas inaperçu avec ses 886 pages et ses 935 grammes d’excellente littérature historico-romanesque, signés Marie Célentin, professeur de langues ancienne à Liège.

En auscultant les données du chemin parcouru, Luce Wilquin précise que 340 de ces 500 ouvrages sont le fait de 90 auteurs francophones, – belges et autres –  « récidivistes » fidélisés par l’enseigne jusqu’à y signer 16 romans comme c’est le cas de Françoise Houdart, Prix triennal Charles Plisnier pour Les profonds chemins.

Un bilan qui présage bien de l’avenir

En fait de reconnaissances, l’écurie Wilquin est loin d’être en manque. Outre la présence de ses auteurs dans nombre de sélections finales de prix littéraires belges ou étrangers, on relève parmi les trophées les plus récents : le Prix Rossel et le Prix des cinq Continents de la Francophonie, entre autres, pour Si tu passes la rivière de Geneviève Damas, le Prix 2014 de la romancière francophone pour Isabelle Bary avec La vie selon Hope, attribué par les lectrices françaises. Parmi les autres titres de fierté de la maison, figurent les traductions en plusieurs langues étrangères (néerlandais, allemand, italien, roumain, etc.), une coédition au Québec, une adaptation télévisée, et bientôt la traduction américaine de Si tu passes la rivière,  qui est aussi le premier titre passé au Livre de Poche. Un bilan qui résulte de l’acharnement, parfois au-delà même de ses forces, d’une battante et de son  complice de toujours André Delcourt, rejoints aujourd’hui et pour la première fois par une attachée de presse, la Bordelaise Lucile Poulain.

Mais au-delà de cet inventaire plus que positif, Luce Wilquin évoque l’esprit d’interaction constructive qui anime son travail et la véritable portée du succès incarné  par ce cliquet emblématique du demi-millier d’ouvrages publiés : « C’est surtout un réel bonheur dans la défense de la littérature de fiction et des relations chaleureuses avec les écrivains, les libraires, les bibliothécaires, les diffuseurs, les distributeurs et les collègues éditeurs, basées avant tout sur le respect mutuel ».