Nemesis se prend les pieds…

Frédéric ERNOTTE et Pierre GAULON, Comme des mouches, Lajouanie, 2019, 306 p., 19 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782370471024

Gwen et Leila, les deux jeunes femmes que l’on retrouve au pub irlandais O’Neils, leur camp de base, sont des amies inséparables. Pour l’heure, Gwen tente de rendre le goût de vivre à sa copine séparée depuis peu du beau Michaël qu’elle a largué suite à une « conduite inappropriée », en fait, un baiser échangé avec une fille de rencontre. Voilà qui, selon Gwen, très  inspirée par les Stream Banana, mérite une vengeance qui en fasse baver à tous ces salauds d’hommes et ramène le sourire sur les lèvres de sa chère Leila.

Eureka ! L’idée lumineuse : ressusciter Regina Phalange, l’avatar qu’elles ont utilisé naguère pour rigoler et pour se rincer l’œil : une craquante jeune femme aux cheveux noirs, et aux yeux verts, « aimant les groupes de rock, les séries TV et les beaux gosses ». Voici donc la sémillante Regina qui reprend du service sur un site de rencontre baptisé avec à-propos Love Corner.

Deuxième idée lumineuse : sélectionner quelques admirateurs de Régina et les convoquer tous au même endroit en même temps. D’où perplexité des élus qui se soumettent toutefois aux tests imposés par leur séductrice. C’est alors que Nemesis, déesse de la vengeance, se prend les pieds dans son chiton… Non seulement les candidats tombent l’un après l’autre « comme des mouches », victimes d’accidents divers qui excluent la coïncidence, mais Leila-Regina elle-même est persécutée, jusque dans son intimité, par une présence inidentifiable et terrifiante qui n’épargne pas davantage son amie Gwen. À suivre…

Auteurs de ce polar sulfureux en diable  et allègrement immoral, le Namurois Frédéric Ernotte et le Provençal Pierre Gaulon qui combinent leur talent et leur inventivité diabolique (stimulés eux aussi par le Stream Banana, à moins que ce soit par la Trappiste ou le pastis ?) apparaissent comme de possibles héritiers du couple autrefois mythique Boileau et Narcejac. Des narrateurs magistraux qui, aujourd’hui, auraient sans aucun doute profité eux aussi des juteux pousse-au-crime offerts par l’ère numérique et par les sites de rencontre. À cet égard, Comme des mouches est bien un reflet, assombri à l’extrême il est vrai, de certains écarts et périls de l’époque (tout comme de l’évolution du langage, de ses néologismes franglais et de ses télescopages ésotériques). Ce qui justifie sans doute la définition affichée en couverture : Roman policier mais pas que… 

Ghislain Cotton