Calepin d’un galopin

Paul GUIOT, Au pays des mots à sons, Chat polaire, 2019, 63 p., 12 €, ISBN : 978–2‑9310–2802‑5

À 57 ans, Paul Guiot con­fesse qu’il est resté très jou­ette. L’auteur d’aphorismes aime les mots qu’il ramasse comme un gamin sans peur qu’on fesse, revenu de l’école buis­son­nière. Celle-ci est son Pays des Mots à Sons où vivre se con­jugue au plaisant. Tel est le pré req­uis dans lequel il emmène par l’âme un ami ; vous lecteur. Pour observ­er ses ani­mots rumi­nant livresque d’une vie de poème, chan­té dans les champs de blé en verbe.

La prouesse du texte, aéré, coupé court et ligne-claire­ment illus­tré par Gwen Gué­gan, entre vide et plein, entre noir et blanc, entre légèreté et con­science, est d’avoir su trans­former le bon mot, le calem­bour, l’homophonie, le jeu de let­tres et autres poly­sèmes hétéro­clites en une his­toire, en l’occurrence un con­te poé­tique. À pro­pos de quoi, l’auteur se livre à mi-livre : [Mes] alexan­drins tis­seront la soie de cent mille mil­liards de son­nets à venir. Mais avant de les dire, il nous fau­dra les découper, les tri­t­ur­er, les allonger côte à côte… les ordon­ner sans les faire obéir.

Ain­si, ce qui aurait dû rester autant de pro­duits du tiroir est tout-à-coup agencé, re-pen­sé, re-tra­vail­lé pour sor­tir du cadeau inat­ten­du, du don naturel, de l’intuition orig­inelle, du plaisir intime, bref pour sor­tir de taire et fleurir des instants de pure lec­ture béné­fi­ciant à tous ; vous lecteur. Auquel l’auteur, ébou­rif­fé d’avance, lance son invite : Phra­sons l’amour avant de nous dire adieu.

Pour nous séduire, il y met tant forme que fond : il ne nous apporte pas seule­ment les pen­sées qu’il a lui-même cueil­lies, mais aus­si le vase qui pour­ra les con­tenir en un bou­quet con­stru­it et qui se jus­ti­fie, regardez :

cris petits gris
petits gri­gris
har­monieux<
comme une
com­mune
rai­son d’
être

Les graines de pépites partout pétil­lent et pépi­ent : Il faut tenir la note / jusqu’à ce qu’ainsi soit-elle ! / Il faut tenir la note / jusqu’à ce qu’ainsi sit­telle ! Bucol­ique, durable­ment vert de corps et de cœur, Paul Guiot porte un mes­sage plus qu’une leçon : Lyre à nous de songer les mots et le son, à ces moments de la journée qui feraient bailler même l’ennui. Tel est l’état d’esprit qui promet de se libér­er, car bien­tôt :

plantes aro­man­tiques
ser­pents à sor­nettes
sar­ments désar­més
peu­plent nos rêves
de vers abscons et doux

et notre sub­con­scient
redé­cou­vre, à son tour
la bonne rai­son
d’être un beau jour
tombé d’un chou

Tito Dupret