Un coup de cœur du Carnet
François EMMANUEL, Véronique GOOSSENS, Avant que nos corps s’illuminent, Chat polaire, 2026, 60 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931028–42‑1
Dans l’atelier de Véronique Goossens, dont il apprécie depuis longtemps les gravures, François Emmanuel découvre un jour une série intitulée Errance et Aubade. Lui vient alors l’envie d’écrire à partir d’elle un récit poétique ; ayant choisi vingt-et-une planches, il les range dans un ordre précis, préfigurant ainsi le cours du texte dont il entreprend la rédaction. Avec la vigilante éditrice Marie Tafforeau, les images sont recadrées puis reproduites, la mise en page ajustée, le format accru, aboutissant aujourd’hui à ce livre mince et magnifique où la vie d’une femme aimante est saisie dans sa pure intériorité, de l’enfance jusqu’à l’approche de la fin… Les gravures initiales, cependant, n’ont rien de flatteur ou de charmant : en noir et blanc sur un fond légèrement jaune-vert qui les réchauffe à peine, elles présentent une allure fantomatique, parfois même inquiétante, telles des apparitions dans la brume. Sauf une exception, chaque image comporte d’un à trois personnages adultes ou enfants, ici immobiles et là en mouvement, alternativement debout, assis ou couchés sur le sol. Parfois nus, parfois vêtus, le plus souvent méconnaissables, les corps peu sexués éludent toute forme de séduction ou d’érotisme. Au contraire, la facture crépusculaire, voire cauchemardesque, semblerait se prêter à un drame fantastique mieux qu’à une rêverie amoureuse. Continuer la lecture





Anne Versailles écrit, met des textes en voix et réalise des Petites Œuvres Mixmédia : son travail explore en effet la frontière entre mots, images et sons pour explorer la diversité des écritures poétiques et l’interdisciplinarité. Elle est aussi pédagogue et anime des ateliers d’écriture(s) qui encouragent notre capacité à être auteur (c’est-à-dire acteur) dans un monde où une pensée unique nous pousse à être consommateur. Après un film-poème suite à une traversée à pied du massif alpin : 



Un titre tel que Confidences est sans danger, voire courant, mais il est intimement engagé, jamais innocent. D’autant que sur la couverture, un cœur noir aux traits clairs est mis sous cloche de verre et posé sur sa base rouge sang. Nulle doute que Gwen Guégan, bruxelloise de cœur et bretonne de corps, se montre ici sans peur et sans reproche, et frontale : toute de contrastes forts, de lignes nettes et limpides en noir et banc surtout, ou en trichromie tout au plus : noir, blanc et rouge ou bien noir, blanc et un turquoise profond.
Depuis Prélude jusqu’à Silence, Sarabandes de Tristan Alleman sculpte 88 pages de petits objets littéraires qui sont autant de déridantes dérisions et de petits dérèglements. Vingt heures : l’heure du crime. Le fantôme est en avance. Chaque textes est un petit pavé astucieusement taillé et amusément jeté dans la marre du bon sens. Il éclabousse l’esprit de pensées nouvelles a priori sans connexions. Pourtant pertinentes : Que seraient châteaux et manoirs sans leur hantise ?
À 57 ans, Paul Guiot confesse qu’il est resté très jouette. L’auteur d’aphorismes aime les mots qu’il ramasse comme un gamin sans peur qu’on fesse, revenu de l’école buissonnière. Celle-ci est son Pays des Mots à Sons où vivre se conjugue au plaisant. Tel est le pré requis dans lequel il emmène par l’âme un ami ; vous lecteur. Pour observer ses animots ruminant livresque d’une vie de poème, chanté dans les champs de blé en verbe.