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Colette NYS-MAZURE (textes) et Camille NICOLLE (images), Le jour coude-à-coude, Esper­luète, coll. « L’Estran », 2020, 64 p., 14,50€, ISBN :  9782359841237

Le blanc, le noir – entre, le gris. Le ver­ti­cal, l’horizontal – la diag­o­nale par­fois. La présence, l’absence – en pointil­lés. Évo­quer, expli­quer – trans­fig­ur­er. Le passé, le futur – et le présent. La per­sis­tance, l’éphémère – éter­nité fugace. La pluie, le soleil – là, l’arc-en-ciel. Rester, par­tir – revenir. Dehors, dedans – ou ailleurs, peut-être. Opposés, indis­so­cia­bles – coude à coude. Ce sont là quelques-unes des dimen­sions, proches, éloignées, que Colette Nys-Mazure effleure ou pénètre dans son dernier recueil.

Percevoir le mou­ve­ment de la Poésie se révèle aus­si ardu que suiv­re celui de la Vie, sans compter que les deux s’entremêlent intime­ment. Dans Le Jour coude-à-coude, un entre-deux accueille, celui où les ténèbres se dis­sipent, poussées par une cer­taine lumière : « L’aurore indé­cise. Un pied dans le jour et l’autre, enlisé. Un matin éton­né, sur­pris à la lisière du som­meil, entre éveil et songes. Un sucré-salé, peur et plaisir ; la douce-amère, les envies réprimées. » Ce moment où se con­fondent chien et loup, c’est celui où la « Je » s’impose, mue par un allant intérieur déno­tant avec le sta­tisme ini­tial des alen­tours qui, petit à petit, se man­i­fes­tent dans la triv­i­al­ité du quo­ti­di­en, la mort ridicule d’un oiseau et la méta­physique de l’envol : « La clarté mon­tante tamise l’éclat des lam­padaires. Les jeux ne sont pas faits. Je me cogne les ailes, moi aus­si. »

C’est encore « écartelée entre l’envie de trac­er et celle de faire marche arrière » que la « Je » martèle sa néces­sité d’un refuge, dit ses doutes en cail­loux d’écrivaine, la mort d’un autre oisil­lon, la beauté de la mer cru­elle­ment affamée. Elle qui « con­sent à la mort aus­si bien qu’à la vie » chérit les dis­parus, se promet des impos­si­bles, con­state les dis­so­nances, mais tente de danser la vie (dont celle des (presque) morts). Assom­brie par l’Ombre qui gagne souf­fle après souf­fle, au creux de cette par­en­thèse qui s’achèvera, elle se veut actrice, pas témoin. En atten­dant…

Le jour coude-à-coude, c’est aus­si d’étonnantes illus­tra­tions de Camille Nicolle. Au pre­mier coup d’œil, elles afficheraient une cer­taine sim­plic­ité. Au pre­mier coup d’œil seule­ment. Car, à l’image des poèmes de Nys-Mazure qu’elles accom­pa­g­nent, leur com­plex­ité, leur pro­fondeur, leur élab­o­ra­tion se font jour au moment où la peine est prise de se pencher, con­tem­pler, détailler. La cou­ver­ture de l’ouvrage – dans un noir et blanc brossé, brumé, plaqué, mélangé – est d’ailleurs révéla­trice des courbes, des vagues, des astres et autres points lumineux qui sou­tien­dront la pro­gres­sion du pro­pos écrit, tout en gar­dant leur dynamique pro­pre. Côte-à-côte. &.

Samia Ham­ma­mi