Déborderoman caniculaire

Claude DONNAY, On ne coupe pas les ailes aux anges, M.E.O., 2020, 284 p., 20 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑807002–28‑9

Brux­elles en fusion, l’asphalte nappe plus que molle­ment les pavés, à portée de poings d’esprits chauf­fés à blanc. Claude Don­nay campe un été prophé­tique où les thèmes écologiques, économiques, poli­tiques et soci­aux envahissent la fic­tion pour se heurter à un grand chaos. Tout a fon­du en une mélasse grise et puante. Soit une fable qui met aux tré­fonds de notre bonne société un ther­momètre rou­gi par une flam­bante actu­al­ité. Il y a peut-être un brin d’anticipation dans ce roman : et s’il nous racon­tait un prochain été en nos belles régions tem­pérées ?

On a besoin de croire, de s’illusionner, de rêver, pour ne pas par­tir en vrille. On sait qu’il n’y pas d’issue, mais on fait comme si…

Où per­son­ne ne sup­porte plus rien du tout, sinon à la petite et intime échelle : celle des éch­e­lons affec­tifs à deux, max­i­mum trois âmes, toutes bal­lotées sans ver­gogne dans les vapeurs bouil­lantes du col­lec­tif en com­plète dés­esperrance. Le maquil­lage dégouline avec la sueur, la rage et les larmes tran­spirent des yeux, la peau craque, se fend et le sang suinte : la bête humaine se dénude las­cive­ment pour s’extirper de ses ori­peaux d’animal poli­tique.

On devrait inhumer les per­son­nal­ités poli­tiques dans des voitures de fonc­tion, sar­cophages mod­ernes cen­sés témoign­er d’une époque où la bag­nole sym­bol­i­sait la réus­site et l’anéantissement de la beauté à l’état naturel…

Sans brise aucune, les ven­ti­la­teurs man­quent et les autos tour­nent pour leur cli­ma­ti­sa­tion. L’air est asséché de pous­sières en sus­pen­sion. Les odeurs lour­des des poubelles crevées sont grevées de reven­di­ca­tions mul­ti­pliées par les blocages en tous gen­res. L’eau est rationnée en pleine méfi­ance d’une pop­u­la­tion méprisant, vom­is­sant ses gou­ver­nants. Sinon les plus haineux d’entre eux, les plus vio­lents, les plus sourds et aveuglés par les gloires abrutis­santes du soleil et de dis­cours fangeux et racistes ; pen­dant aux fenêtres comme du linge sale à hau­teur du vide.

« Quel avenir ? » aurait dit Franz en se lançant dans une descrip­tion apoc­a­lyp­tique du monde après la dis­pari­tion du per­mafrost.

Arno, Bas­t­ian, Mina, Nora, Bart, Lucia, Ettore, Annabelle, Jérome, Logan, Harley, les Vau­tours… incar­nent toutes les ten­sions en réu­nion dans ce roman rapi­de. Les des­tins y rebondis­sent selon un zap­ping urgent et con­tinu. Cha­cun y joue un rôle tranché à la ligne scin­til­lante d’un cut­ter, entre des vic­times, purs anges blancs de lumière, et d’absolues cra­pules, noirs démons dans l’ombre som­bre de ténèbres étouf­fant.

Le roman de l’été à venir ?

Tito Dupret