Quoi de neuf docteur ?

Jean-Pierre BALFROID, Le choix de Mia, M.E.O., 2020, 284 p., 20 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0225‑8

Le réc­it débute sur un geste fort : médecin gyné­co­logue de son état, Jean, qui assiste aux funérailles de son amante, est invité par le mari de la défunte à pren­dre la parole et il lâche le morceau devant l’assemblée médusée. Mia, cette jeune femme que l’on pleure était aus­si sa bien-aimée et avec sa perte, le sol se dérobe sous ses pieds. Il s’ensuit une rixe avec l’époux en colère, la police est appelée, le cara­bin inso­lent emmené au poste.

Cet épisode passé, l’auteur revient sur la genèse de cette rela­tion. Jean est mar­ié lui aus­si et son cou­ple vit ses derniers moments alors qu’il annonce à un groupe d’amis son divorce immi­nent. Mia et Yann, son mari, sont présents. Ce dernier repas pris ensem­ble sonne le glas d’une forme d’innocence, feinte ou non. Jean est libéré et il se rap­proche de Mia qui est mal­menée sous ses yeux par un con­joint bour­ru et macho. Avec Jean, la jeune femme décou­vre la douceur et le récon­fort, ils devi­en­nent amants dans le pro­longe­ment de cette com­plic­ité. Et lorsque l’aimée est atteinte d’un can­cer qui se sol­dera par son décès pré­maturé, Jean sera l’accompagnant tout désigné et légitime. Il sera aus­si le con­fi­dent de la malade. Ses aveux publics après le décès bous­cu­lent la donne, mais passé l’affrontement avec le mari détrôné, il demeure un proche des enfants face à un père qui s’avoue dépassé et faible. Il sera le sou­tien évi­dent lorsque des dif­fi­cultés sur­giront qui néces­siteront son inter­ven­tion bien­veil­lante.

Le réc­it, placé sous le point de vue de Jean qui s’affirme en nar­ra­teur, suit un mou­ve­ment rapi­de. Si sa rela­tion avec Mia sem­ble appelée à occu­per l’avant-scène, elle laisse place par la suite à des épisodes sans lien direct avec celle-ci au cours desquels sont abor­dées des thé­ma­tiques telles que le har­cèle­ment sur les réseaux soci­aux. Jean-Pierre Bal­froid a bâti le réc­it comme une suite de séquences qui font songer aux séries télévisées et son approche des ques­tions socié­tales (la vie en cou­ple, l’amitié, l’euthanasie, les atten­tats ter­ror­istes, les dérives des rela­tions destruc­tri­ces entre ado­les­cents) con­fir­ment qu’il se situe bien dans cette veine. L’insistance mise sur le statut et le rôle spé­ci­fique du médecin ajoute une dimen­sion sup­plé­men­taire au réc­it, celle de l’éthique des métiers de la san­té, avec l’exigence de la juste dis­tance, du secret pro­fes­sion­nel. Sans oubli­er de par­ler par ailleurs des ques­tions posées par leur trans­po­si­tion dans une œuvre artis­tique.

Mine de rien, Le choix de Mia est donc bien plus que la chronique d’une rela­tion amoureuse. Envolé, vif, drôle par­fois, le réc­it est une forme de miroir ten­du à notre monde qui évite la drama­ti­sa­tion exces­sive tout en abor­dant avec nuance des thé­ma­tiques sen­si­bles bien ancrées dans la réal­ité con­tem­po­raine.

Thier­ry Deti­enne