Allant de soi à soi

Mar­tine ROUHART, Loin des routes agitées, Coudri­er, 2020, 73 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–006‑1

martine rouhart loin des routes agitees le coudrierDe sages paysages aux doux pas­tels jalon­nent ce nou­veau recueil de Mar­tine Rouhart, comme autant d’instantanés prenant par la main et le chemin des saisons. Loin des routes agitées, les sons de la nature, dont surtout le coulis de l’eau, sont pris en charge par la plume mur­mu­rante de l’auteure, per­cep­ti­ble à l’oreille, trans­for­mant son écri­t­ure en une riv­ière de mots légers et par­fumés ; quoique sans plus d’illusions.

Je suis encore dans mes mots
à éveiller le print­emps                  par­ler la langue
du ruis­seau
fleurir des chemins
vers nulle part

C’est, mal­gré tout, Mar­tine à la cam­pagne, en balade de cail­loux en épis, de sen­tiers en val­lons, de petite voix intérieure en paroles « me rap­pelant / seule­ment / les mots / que je chan­tais ». Le sen­ti­ment d’accompagner ici une amie est exquis.

Et ce qui fait le bon­heur de la prom­e­nade à laque­lle elle nous invite, est la lenteur, le calme, la grande douceur qui se déga­gent de la fusion qu’elle parvient à façon­ner en toute dis­cré­tion, entre les lieux, leur évo­ca­tion et son écri­t­ure ; sou­ple et ten­dre comme un pas s’enfonçant dans la mousse.

La gen­til­lesse, la déli­catesse mais aus­si la fran­chise des textes mènent par ailleurs, inat­ten­du­ment car insen­si­ble­ment, vers les largess­es de l’âme, de la pen­sée, de l’esprit, peu importe, pourvu que tout cela gran­disse en soi comme une immense bouf­fée de gra­cieuse chaleur ; dont on prof­ite d’autant plus qu’on en sait l’inflexible fini­tude dès que com­plé­tude.

Nous avons tous
un dou­ble fond
où coule                 un ruis­seau

limpi­de
com­plète­ment libre

qui annonce la mer

Tout au bout, ce recueil limpi­de comme l’eau qui le tra­verse, voudrait « ten­ter / de con­sol­er / le temps qui reste » parce que, en toute lucid­ité,

Par­fois                 une pen­sée plus vaste
fran­chit nos apparences
nous soulève

et l’on ressent
la pesan­teur
que l’on est à soi-même

Tito Dupret