En quête de sens

Pas­cale SEYS, Le panache de l’escargot. Philoso­phie vagabonde sur l’humeur du monde, Racine, 2021, 181 p., 20 €, ISBN : 9782390251392

seys le panache de l'escargotDans ce troisième recueil de chroniques qui recense des textes courts philosophiques cha­peautés par des titres par­fois sur­prenants, Pas­cale Seys nous emmène dans ses réflex­ions sur des thèmes clas­siques tels la vieil­lesse, le bon­heur ou la gen­til­lesse, mais aus­si des thèmes plus inat­ten­dus comme les dis­trib­u­teurs de savon automa­tiques.

En recourant sou­vent à l’étymologie des mots et en faisant régulière­ment référence à des philosophes de toutes les épo­ques, l’autrice nous offre des textes tan­tôt doux et drôles, tan­tôt pro­fonds et inspi­rants, et nous pousse à repenser le monde d’une façon nou­velle. Sans jamais y porter aucun juge­ment, elle abor­de avec un regard authen­tique et juste les parts obscures de l’homme et du monde, ten­tant de les appréhen­der, de les com­pren­dre, loin des cer­ti­tudes et des répons­es toutes faites.

Deux mou­ve­ments con­traires, le désir de faire société d’une part et la monot­o­nie de leur vie intérieure d’autre part, poussent les hommes à se tourn­er les uns vers les autres. Mais les défauts de cha­cun, qui inévitable­ment appa­rais­sent, les dis­persent aus­sitôt : tel est le para­doxe de la vie en com­mun. Exces­sive­ment proche en mode fusion ou trop éloigné d’autrui en mode fis­sion, les risques sont, en réal­ité, exacte­ment les mêmes pour les héris­sons que nous sommes : ceux de la soli­tude, de la décep­tion con­ju­gale, ami­cale ou sociale mais avec tou­jours, au milieu du gué, un corps qui trem­ble de froid ou qui, s’il se réchauffe, finit par suf­fo­quer. 

Dans Le panache de l’escargot, Pas­cale Seys a pris le par­ti de rédi­ger ses textes selon un tra­jet non rec­tiligne : elle sautille d’une anec­dote à l’autre, d’une référence à l’autre, sans per­dre le fil de sa pen­sée, emmenant son lecteur de décou­verte en décou­verte, à tra­vers sa pro­pre quête. Car au fond, il n’est ques­tion que de cela : ten­ter d’appréhender la part secrète et mys­térieuse de la vie, l’envisager comme une aven­ture vaste et joyeuse, afin de chem­iner vers une meilleure con­nais­sance de soi, pour être plus libre.

À l’heure où nous sommes tou­jours con­finés et où nous souf­frons de ne plus pou­voir voy­ager à notre guise, Pas­cale Seys nous invite à faire un des voy­ages les plus mag­nifiques : par­tir en quête de soi. Cette quête est certes « dif­fi­cile, périlleuse, pleine d’écueils, indocile », mais ne serait-il pas intéres­sant d’envisager cette mai­son con­finée où cer­tains d’entre nous étouf­fent, comme un lieu d’exploration joyeuse, où l’on échappe à « l’ivresse de la vitesse » et la dic­tature de la rentabil­ité, pour trou­ver cha­cun à son rythme le beau et le bon, là où ils sont invis­i­bles à l’œil nu (« il faut sans doute imag­in­er qu’il appar­tient à notre regard de faire en sorte que le monde, pour­tant si laid à cer­tains égards, puisse appa­raître soudaine­ment out­rageuse­ment beau et digne d’admiration »).

Quelle belle invi­ta­tion ! Envis­ager le panache de l’escargot que nous sommes…

Séver­ine Radoux