Les étoiles ont de la chance

Jean JAUNIAUX, Julos Beau­carne. La poésie comme roy­aume, Lamiroy, coll. « L’article », 2021, 42 p., 4 € / ePub : 2 €, ISBN : 978–2‑87595–516‑6

jauniaux julos beaucarne la poesie comme royaumeJulos Beau­carne a pris son vélo pour l’arc-en-ciel et ses longs cheveux blancs font désor­mais au fir­ma­ment, un fil­a­menteux et élé­gant nuage. Le poète a inspiré et col­oré plusieurs généra­tions de son lumineux sourire. Le voici s’éparpillant pour tou­jours, dis­séminé à jamais dans autant de cœurs qu’il eut d’auditeurs, de lecteurs, de spec­ta­teurs. Auteur à la hau­teur de Carême ou Prévert, il fit encore récem­ment sous la plume de Jean Jau­ni­aux le sujet de la col­lec­tion « L’article » aux Édi­tions Lamiroy.

Sans sur­prise, c’est la prox­im­ité qui va sauter aux sou­venirs de tous ceux qui l’ont ren­con­tré : Julos est décidé­ment un intime comme le trou­ba­dour a pu généreuse­ment l’être avec tous ses inter­locu­teurs, toute sa vie. Un amour mutuel, l’un pour l’artiste Julos, l’autre pour l’être Jean s’épanouit entre les deux pro­tag­o­nistes dans ce texte court et pro­fondé­ment ami­cal. La poésie comme roy­aume en est un titre par­fait car idoine pour désign­er la vie du fameux poète du ter­roir, mul­ti­dis­ci­plinaire, de la plume à la voix, de l’écologie à la sculp­ture, de la fan­taisie à la larme, de la mil­i­tance à l’alarme.

Écrit sur un ton d’éternité, celle-ci se mesure à la capac­ité de Julos à entr­er dans l’âme du monde, c’est-à-dire celle uni­verselle de tous les êtres humains et celle de la Terre, har­monieuse et par­a­disi­aque ; si l’on veut bien : il suf­fit de sourire pour être heureux. C’est gnang­nan, puéril, bisounours ? Essayez… essayez là, main­tenant, tout de suite… Alors ? Paix aux per­son­nes de bonne volon­té, ici et main­tenant. Tel est le mes­sage ances­tral porté par le chantre de la langue française et autres dialectes wal­lons.

Le passeur nous dit l’enchantement de ces textes anciens qu’il redonne à la lumière : « Vieilles chan­sons accrochées aux murs des vieilles villes, les mélodies oubliées qui revi­en­nent par­fois, qui flot­tent dans les airs qu’on chante en des veil­lées quand remonte soudain tout un goût d’autrefois, mélodies inven­tées au fin fond d’un vil­lage par un bel incon­nu dont on ne sait plus rien, loin­taines et per­sis­tantes, elles tra­versent les âges, zon­zon­nent à nos oreilles leur mys­térieux refrain. »

Super héros du per­pétuel mélodieux, Julos est de ceux qui ont tou­jours été là dans l’histoire de l’humanité, de toutes les civil­i­sa­tions, présent pour lier le réel au rêve, tir­er nos indé­pass­ables aspi­ra­tions de l’ombre à la lumière du pos­si­ble. Avec une seule et suprême devise : la générosité est la seule réponse, notre seul bien, l’absolue sub­stance. Elle tra­verse tout le vivant : embrassez un arbre, caressez son écorce, écoutez sa sève, fer­mez les yeux, entrez au rythme du vent dans ses feuilles, savourez les saisons comme des fruits du temps et dansez toutes les météos, le corps et l’esprit nus comme au petit matin de votre nais­sance.

C’est peut-être pour cette rai­son qu’il aim[ait] à altern­er les gen­res, sur scène. Tan­tôt, il amuse. Tan­tôt, il émeut. Il sait que le rire désarme le cœur. Celui-ci alors peut accueil­lir à bras ouverts la ten­dresse, la tristesse, la mélan­col­ie, l’empathie, la détresse dont cer­tains des plus beaux poèmes écrits ou inter­prétés par Julos Beau­carne sont empreints.

Tito Dupret