Écrit avec soin

Carl VANWELDE, Car­nets buis­son­niers, Weyrich, 2021, 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782874896446

vanwelde carnets buissonniersCarl Van­welde est médecin et écrivain. Out­re des poèmes, il rédi­ge depuis une quin­zaine d’années des chroniques qui parais­sent dans Le jour­nal du médecin et qui sont rassem­blées dans le présent recueil. Dans son court pro­logue, l’auteur prévient le lecteur qui chercherait quelque pro­lon­ga­tion des séries télévisées urgen­tistes trép­i­dantes que les pages que l’on apprête à tourn­er sont « sig­ni­fica­tives de la trans­for­ma­tion que le con­tact des autres apporte ». Con­tacts : celui du regard qui embrasse un intérieur lors d’une vis­ite à domi­cile, pour se cen­tr­er ensuite sur le vis­age, celui de l’écoute des mots enten­dus, puis de l’examen des corps avec l’oreille, avec les doigts.

Néces­saire prélude au soin mis à ren­dre les émo­tions, les siennes tout autant que celles de ses patients. Des émo­tions liées à la souf­france, à l’inquiétude, au soulage­ment, au spec­ta­cle de la vie qui vient et s’en va, inex­orable­ment. Chaque patient est une ren­con­tre, avec son univers sin­guli­er qui nous est ren­du avec acuité :

Une vis­ite à Mar­i­on demeure un émer­veille­ment pour les yeux. Atteinte de mille maux que l’usure des fonc­tions vitales entraîne dans son sil­lage, cette cita­dine a su créer son jardin de Provence à domi­cile. 

Guidés par le souci de ren­dre le car­ac­tère unique de chaque patient, ces Car­nets buis­son­niers for­ment un kaléi­do­scope humain qui séduit par sa diver­sité d’approche et de ton. Tan­tôt légers, tan­tôt plus graves, ils pra­tiquent volon­tiers l’humour décalé. Mais en fil­igrane, on ne peut qu’être touché par la démarche du thérapeute qui respecte avant tout les rus­es que cha­cun déploie pour ren­dre la vie moins cru­elle. Il s’en dégage au fil des pages une philoso­phie pro­fes­sion­nelle fondée sur le respect de la dig­nité de chaque per­son­ne. Une forme de sagesse rela­tion­nelle qui rap­pelle que le soin don­né à autrui reste une affaire de bien­veil­lance éclairée par la sci­ence qui gagne à pra­ti­quer l’humilité.

Au terme des 500 pages du recueil, on mesure que l’on tient en mains une œuvre lit­téraire à part entière. On l’aura com­pris, celle-ci repose sur la qual­ité du regard posé, sur l’économie peu com­mune de l’écriture et la capac­ité de renou­velle­ment dont elle témoigne. À admin­istr­er à faible dose quo­ti­di­enne après le repas ou d’une seule goulée.

Thier­ry Deti­enne