Extraits de rôles

Robert MASSART, La déc­la­ra­tion, M.E.O., 2022, 184 p., 18 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 9782807003323

massart la declarationSyl­vain Brunard est un quin­quagé­naire sans his­toires. Il mène une vie pais­i­ble de céli­bataire endur­ci ponc­tuée de soirées au resto du coin et de ren­con­tres dans son quarti­er brux­el­lois mal­mené par quelques faits divers. Enseignant le français dans un lycée, il se plaît à défendre la langue française et il a accep­té, face à un col­lègue insis­tant, de repren­dre la prési­dence d’une asso­ci­a­tion sans but lucratif qui s’est fixé le noble objec­tif de porter assis­tance à des pro­fesseurs de français en détresse. Pour se décharg­er des tâch­es ménagères, il s’est adjoint les ser­vices de Line, avec qui il con­verse volon­tiers de choses et d’autres.

Lorsqu’il reçoit une let­tre du min­istère des finances des­tinée à son ASBL l’enjoignant de ren­tr­er une déc­la­ra­tion en retard, il s’en ouvre à Line. L’association étant dis­soute, il ne com­prend pas qu’on lui réclame ce doc­u­ment. Line l’engage à faire val­oir ses droits avec déter­mi­na­tion. Il ne sait pas alors qu’il va met­tre le doigt dans un engrenage admin­is­tratif qui met­tra à mal sa quié­tude. Les mis­es en demeure se suc­cè­dent rapi­de­ment, de plus en plus menaçantes, faisant de ce prob­lème une obses­sion quo­ti­di­enne. Entretemps, Line lui a présen­té son mari, un Cubain exilé qui prête une oreille atten­tive au réc­it de ses déboires et le prend au mot quand il mau­dit ses inter­locu­teurs fis­caux. Il lui offre ses ser­vices de grand maître de la san­te­ria, une forme de magie noire qui ne dit pas son nom. S’ensuivent des faits trou­blants qui affectent le ser­vice récla­mant la fameuse déc­la­ra­tion, puis une ren­con­tre avec Geor­gette Martens, ges­tion­naire du dossier, qui est somme toute avenante, et avec qui Syl­vain Brunard lie con­nais­sance et par­le musique, elle le con­vie à des con­certs, la méfi­ance laisse la place à une cer­taine con­nivence …

C’est donc une forme de comédie de boule­vard un rien irréelle, comme elles le sont toutes, mais aux accents fam­i­liers, agré­men­tée d’humour et de rebondisse­ments, que La déc­la­ra­tion déroule sous les yeux du lecteur. Brossés à grands traits, les per­son­nages don­nent la réplique avec vivac­ité et brio tout en lais­sant entrevoir leurs cocass­es faib­less­es. Avec ce sec­ond roman, qui s’inscrit dans la droite ligne du pre­mier, Une his­toire belge, Robert Mas­sart ravi­ra les lecteurs qu’il avait con­quis : le texte, servi par une langue tout à la fois soutenue et volon­tiers joueuse, con­tribue à faire de cet opus délibéré­ment léger un remède indiqué et effi­cace en cas de morosité per­sis­tante.

Thier­ry Deti­enne

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