Safety fuckin’ first !

Patrick DECLERCK, Sniper en Ari­zona, Buchet-Chas­tel, 2022, 375 p., 19 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 978–2‑283–03619‑8

declerck sniper en arizonaÀ l’approche d’un cap impor­tant, l’être humain peut faire preuve de réac­tions et d’envies imprévis­i­bles et par­fois éton­nantes. Et, à for­tiori, quand la vie même est men­acée, quand le risque d’un boule­verse­ment irréversible se fait sen­tir, l’importance de cette réac­tion est décu­plée.

Cer­tains fer­ont un bap­tême de l’air, d’autres iront écouter le chant des baleines.

Patrick Decler­ck, chez qui une inter­ven­tion déli­cate au cerveau est pro­gram­mée, a lui choisi de suiv­re plusieurs for­ma­tions de sniper en plein cœur du désert de l’Arizona.

Cou­tu­mi­er des écrits large­ment auto­bi­ographiques, l’auteur nous fait ici le réc­it de son expéri­ence.

Tout est vrai. D’ailleurs je n’ai pas le choix. J’ai beau faire, je ne parviens pas à cul­tiv­er ne serait-ce qu’un brin d’imagination.

Il nous par­le de sa volon­té de pou­voir en finir si les choses tour­naient mal.

Sniper me dis­ais-je. Sniper de moi-même.

Il évoque son intérêt pour les armes à feu hérité d’un oncle mer­ce­naire et ali­men­té par des après-midi entiers passés en com­pag­nie de sa cara­bine à plomb.

Ton­ton me dis­ait quelque chose comme « main­tenant, petit, c’est à toi de mon­tr­er ce que tu sais faire ».

Mais aus­si et surtout, il pose un regard anthro­pologique et psy­ch­an­a­ly­tique sur cette Amérique obsédée par les armes à feu et par le sec­ond amende­ment.

« Une mil­ice bien organ­isée étant néces­saire à la sécu­rité d’un État libre, le droit du peu­ple de détenir et de porter des armes ne doit pas être trans­gressé ».

Réc­it per­son­nel, donc. Mais livre poli­tique, aus­si.

Pas un mois ne passe sans qu’une nou­velle fusil­lade ébran­le les États-Unis. Et nous avons encore toutes et tous en mémoire les excen­tric­ités de Trump et l’assaut don­né au Capi­tole par ses par­ti­sans.

C’est de cette Amérique-là que nous par­le Sniper en Ari­zona : blanche, con­ser­va­trice et raciste.

C’est de l’Amérique anti-IVG, peu éduquée, pol­lueuse et impéri­al­iste que Patrick Decler­ck nous fait le por­trait.

Et à tra­vers ce texte, dans lequel se mêlent le français et l’américain le plus vul­gaire, l’auteur nous donne à voir à quel point le monde le dés­espère.

Avec froideur et ironie, il dresse le por­trait des élèves et des pro­fesseurs croisés dans le cadre de sa for­ma­tion.

Avec rigueur et méth­ode, il détaille les étapes du cur­sus auquel il est inscrit et en prof­ite pour nous trans­met­tre astuces tech­niques et aperçus his­toriques.

Avec beau­coup de cynisme et à coups de digres­sions mul­ti­ples, il fait égale­ment le point sur sa vie et dresse un bilan de l’état du monde.

David Dusart

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