Miroir, ô mon miroir…

Loïc NOTTET, Les aveuglés, Michel Lafon, 2023, 270 p., 16,95 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782749938035

nottet les aveuglés le palais des murmuresNatan est un ado dont le quo­ti­di­en a été boulever­sé il y a quelques semaines lorsque sa sœur Théo a dis­paru. Même si la police a déclaré l’affaire classée et con­clu à un sui­cide après l’enquête, Natan ne peut s’empêcher de penser que sa sœur est tou­jours vivante car aucun corps n’a été retrou­vé. Il avait bien vu qu’elle avait changé récem­ment et il est con­va­in­cu qu’un détail lui a échap­pé pour com­pren­dre sa dis­pari­tion. Il la sent en dif­fi­culté et décide alors de men­er sa pro­pre enquête avec Miko, son ami de tou­jours, et Pen­ny, une fille de son lycée qu’il con­naît peu.

Les recherch­es des trois pro­tag­o­nistes vont les men­er à Arca­dia, un parc d’attraction fer­mé cinq ans plus tôt, où ils ont déjà eu vent de dis­pari­tions mys­térieuses. Entrés dans le palais des miroirs, ils bas­cu­lent effec­tive­ment dans une dimen­sion par­al­lèle où ils enten­dent des chu­chote­ments inin­tel­li­gi­bles et où chaque porte ouvre vers un lieu intérieur ou extérieur dif­férent (un couloir ou une forêt, par exem­ple).

Ce qu’ils voy­aient était impos­si­ble : les murs de miroirs, de plus en plus courbes, sem­blaient se resser­rer devant eux. Ils étaient déjà passés par là. Pour­tant, tout était dif­férent. D’abord, la tem­péra­ture avait chuté bru­tale­ment, et du givre com­mençait à recou­vrir les miroirs. Par ailleurs, le couloir n’avait plus grand-chose d’un labyrinthe, mais ressem­blait davan­tage à un tun­nel inté­grale­ment réfléchissant, un tube en miroir. Des grince­ments étranges réson­naient sans qu’ils puis­sent les expli­quer. Natan évi­tait de crois­er son reflet et se con­cen­trait sur ses pieds. Il sen­tit le souf­fle de Pen­ny près de sa nuque.
- Je crois qu’on est per­dus, gémit-elle.

Lors de leur explo­ration, ils font la con­nais­sance de Tarah, une jeune fille piégée dans ce monde depuis dix ans, qui leur explique le fonc­tion­nement de cet univers : Nar­cyss, le maître des lieux, un être cru­el et infan­tile, attire à lui les âmes dés­espérées par le biais des miroirs en leur faisant vivre leurs pires angoiss­es. Soit il con­damne les âmes à errer sans fin, soit il les asservit pour qu’elles devi­en­nent des sans-vis­ages. Dans la mesure où les créa­tures de Nar­cyss sont attirées par les peurs des êtres humains, le trio va devoir affron­ter de nom­breux dan­gers pour ten­ter de retrou­ver Théo sans être démasqué et faits pris­on­niers. Une évi­dence s’impose de plus en plus : les trois amis vont devoir affron­ter Nar­cyss s’ils veu­lent un jour pou­voir retourn­er dans leur monde…

Les aveuglés est le pre­mier roman de Loïc Not­tet, le chanteur et com­pos­i­teur belge que l’on ne présente plus. Pour ce pre­mier essai, on regret­tera un sché­ma nar­ratif quelque peu évi­dent, avec des alliés incon­di­tion­nels qui arrivent aux moments où la ten­sion dra­ma­tique pour­rait mon­ter en puis­sance, mais aus­si cer­tains détails qui demeurent inex­ploités. On appréciera toute­fois la flu­id­ité du style et une his­toire où l’auteur prend le temps de dévelop­per l’entrée dans le fan­tas­tique et où un lien fort entre le héros et sa sœur tisse le fil rouge de l’intrigue.

Théo s’endormait tou­jours avant la fin de ses his­toires, petit renardeau roulé en boule. Mais sa sim­ple présence suff­i­sait à chas­s­er les ombres qui han­taient ses pro­pres nuits. Depuis la dis­pari­tion de leur mère, Théo et lui s’étaient rap­prochés. Leur père, cloué par le cha­grin, avait assisté, stupé­fait, à cette sit­u­a­tion nou­velle : des chu­chote­ments suiv­is de rires, des longues par­ties de cartes, des cabanes partagées. Les rival­ités et les con­flits passés sem­blaient enter­rés.

Séver­ine Radoux

À la Foire du livre 2023

  • Loïc Not­tet en dédi­cace à la Foire du livre : le 2 avril de 14h à 16h, stand 116 (Shed 1)