Pendant ce temps, dans l’Olympe…

Un coup de cœur du Car­net

Valen­tine DE LE COURT, Au jardin des Immor­tels, Mols, 2023, 200 p., 21,90 €, ISBN : 978–2‑87402–295‑1

de le court au jardin des immortels« Zeus, c’est le big boss, le P.-D.G. de l’Olympe. »

Dès la pre­mière ligne d’une « dis­tri­b­u­tion des rôles », un peu comme pour une pièce de théâtre, le ton est don­né. Et la curiosité piquée… On va par­ler mytholo­gie, c’est clair. Grecque ? Romaine ? Les noms des dieux et déess­es se mélan­gent : Diane et Bac­chus côtoieront Aphrodite et Her­mès.

On va par­ler mytholo­gie, certes. Vraisem­blable­ment pas de manière con­ven­tion­nelle. On est loin d’Homère… On va faire descen­dre les divinités de leur piédestal !

« Aphrodite, las­cive et égo­cen­trée, elle est la déesse de l’Amour. En liai­son adultère avec Arès, ils ont tout du cou­ple de téléréal­ité : beaux et super­fi­ciels. (…)
Apol­lon, il aime le chant, la musique et la lumière. C’est l’artiste de la bande. Les artistes, c’est comme les canapés ; chaque famille a oblig­a­toire­ment le sien. (…)
Tous ces per­son­nages sont aus­si pétris de défauts que les hommes.
Seule dif­férence avec les humains, ils sont immor­tels. »

Rien de très olympi­en au début du réc­it : Hec­tor, le nar­ra­teur, se présente : orphe­lin soli­taire, en manque d’affection, et sans autres pro­jets que de lire, encore et tou­jours. C’est d’ailleurs à la faveur d’un pas­sage à la bib­lio­thèque que sa vie si monot­o­ne prend un tour com­plète­ment inat­ten­du. Poussé à l’audace par un ouvrage arrivé par erreur au milieu de ses emprunts, le voilà invité à une soirée fastueuse au « Domaine de l’Olympe », chez des hôtes qui se font appel­er Zeus et Héra sans sour­ciller. C’est Cis­sy, leur fille, qui l’y a fait entr­er et lui fait vis­iter les lieux, accrochée à son bras. Char­mé par la splen­deur et la lux­u­ri­ance de l’endroit, Hec­tor s’amuse dans un pre­mier temps de l’extravagance des con­vives apparem­ment obsédés par les mythes antiques. Mais quand sa séduisante nou­velle amie lui pro­pose de revenir la semaine suiv­ante, il n’hésite pas longtemps à quit­ter son morne quo­ti­di­en pour rejoin­dre celui, plus fes­tif, et de loin, des Immor­tels. Pas sûr qu’il ait con­science d’où il met les pieds.

Avec Au jardin des Immor­tels, Valen­tine de le Court pro­pose une his­toire orig­i­nale, un peu folle, qui se dévore comme les mets divins que con­som­ment ses per­son­nages. On sent sa pas­sion pour la mytholo­gie antique, mise au ser­vice d’une réflex­ion sur le temps qui passe, le car­ac­tère éphémère qui donne de la valeur aux choses de la vie. C’est un plaisir de décou­vrir les dieux grecs et romains comme des can­di­dats de téléréal­ité, enfer­més dans leur jardin mag­ique et mys­térieux, délais­sés par les humains, com­plotant les uns con­tre les autres, immor­tels mais pas intouch­ables. On appré­cie plus encore l’évolution d’Hector, homme terne au départ qui se mue en héros au fil des pages, nar­ra­teur au des­tin atyp­ique, qui entre­tient par­faite­ment le sus­pense du début à la fin.

Estelle Piraux

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