Archives par étiquette : mythologies

Méduse : renaissance et réappropriation

Racha MOUNAGED, Les méta­mor­phoses de Méduse, Com­plic­ités, 2025, 98 p., 12 €, ISBN : 9782386478666

mounaged les métamorphoses de méduseQuand Méduse s’empare de la parole, rompt le silence dans lequel le mythe, les humains, les dieux l’ont plongée, elle arrive sous une forme duelle, comme un agence­ment d’énonciation et de corps rompu à l’exercice de la méta­mor­phose, des devenirs. À la pre­mière méta­mor­phose puni­tive, à la trans­for­ma­tion de la jeune fille Méduse en Gor­gone, l’autrice bel­go-libanaise Racha Mounaged ajoute un nou­v­el avatar, le dédou­ble­ment de Méduse, sa dif­frac­tion en deux voix, une voix ances­trale, errante, et une voix con­tem­po­raine, celle de Méduse 2.0. Conçu ini­tiale­ment sous la forme d’un roman écopoé­tique, le per­son­nage mythologique a fait dévi­er le pro­jet, l’a mené sur le rivage d’un mono­logue poé­tique bâti sur l’hiatus entre les deux incar­na­tions d’une divinité pri­mor­diale, unique Gor­gone frap­pée de mor­tal­ité. Con­tin­uer la lec­ture

Pendant ce temps, dans l’Olympe…

Un coup de cœur du Car­net

Valen­tine DE LE COURT, Au jardin des Immor­tels, Mols, 2023, 200 p., 21,90 €, ISBN : 978–2‑87402–295‑1

de le court au jardin des immortels« Zeus, c’est le big boss, le P.-D.G. de l’Olympe. »

Dès la pre­mière ligne d’une « dis­tri­b­u­tion des rôles », un peu comme pour une pièce de théâtre, le ton est don­né. Et la curiosité piquée… On va par­ler mytholo­gie, c’est clair. Grecque ? Romaine ? Les noms des dieux et déess­es se mélan­gent : Diane et Bac­chus côtoieront Aphrodite et Her­mès. Con­tin­uer la lec­ture

Sur les traces d’un mythe

Juan MARTINEZ, Gil­gamesh, Lansman/CTEJ, 2022, 41 p., 10 €, ISBN : 978–2‑8071–0368‑9

martinez gilgameshDans l’antique Mésopotamie, Gil­gamesh est un roi puis­sant, admiré et craint. Sa force le rend impi­toy­able : le con­tredire expose automa­tique­ment à de sévères repré­sailles. Tout lui est dû et ce qui n’est pas don­né sera pris.

Dans la plus anci­enne his­toire
le tout pre­mier héros était un homme infati­ga­ble
qui se pre­nait pour un dieu

Gil­gamesh était son nom
Il était le roi d’Uruk
la ville aux grands rem­parts bâtie entre deux fleuves 
Con­tin­uer la lec­ture

Les Labdacides et nous

Paul EMOND, Créon suivi de Loin d’Antigone, Oiseaux de nuit, 2022, 118 p., 10 €, ISBN : 978–2‑931101–54‑4

emond creon suivi de loin d'antigoneMatri­ces textuelles inépuis­ables, les his­toires des Lab­dacides, des Atrides com­posent des mythes fon­da­teurs que la lit­téra­ture n’a cessé de réin­ter­roger. Au tra­vers de deux mono­logues théâ­traux Créon et Loin d’Antigone, le dra­maturge, écrivain et essay­iste Paul Emond délivre une relec­ture à la fois con­tem­po­raine et intem­porelle du cycle trag­ique qui emporte la dynas­tie des Lab­dacides. Puis­sam­ment inspiré, le pre­mier texte campe le bilan rétro­spec­tif que Créon, roi de Thèbes, porte sur son règne. Le déplace­ment de focale, le dépasse­ment des clichés qui, depuis des siè­cles, recou­vrent la divi­sion entre Créon, représen­tant de la rai­son d’État, et Antigone, sym­bol­isant la révolte, per­met au dra­maturge de don­ner à enten­dre un autre Créon, tyran inflex­i­ble, orgueilleux, avide de pou­voir certes, mais aus­si sim­ple mor­tel ter­rassé par les spec­tres des morts qui vien­nent lui deman­der des comptes. Unité de temps, unité de lieu, unité d’action. Soli­taire, dans son palais thébain, le frère de Jocaste erre dans ses pen­sées noc­turnes, assail­li par les fan­tômes des morts, Œdipe, Jocaste, Polyn­ice, Étéo­cle, Antigone, son fils Hémon, fiancé d’Antigone, ses deux autres fils, sa femme Eury­dice… Il pressent qu’il tra­verse sa dernière nuit avant l’arrivée de Thésée qui le tuera et met­tra Thèbes à sac. Au tra­vers d’un despote qui s’évertue à jus­ti­fi­er les crimes qu’il a ordon­nés, à se blanchir devant le tri­bunal des siè­cles, au tra­vers de ses dis­cours légiti­mant ses déci­sions poli­tiques, Paul Emond évoque en fil­igrane un chef d’État con­tem­po­rain, tail­lé dans l’oppression. Con­tin­uer la lec­ture

Véronique Bergen : Hélène on the rocks

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Icône H. Hélène de Troie, ONLiT, 2021, 19 , ISBN : 978–2‑87560–135‑3

bergen icone h« Moi, Hélène, moi qui ne suis pas moi, je suis grat­i­fiée d’une illu­mi­na­tion. Je me tiens dans la lignée des sen­tinelles de l’infini, des veilleurs du néant. »

Por­trait d’Hélène ver­sion « destroy », Icône H. de Véronique Bergen se présente comme un réc­it poly­phonique qui remonte aux orig­ines du mythe d’Hélène de Troie en le téle­sco­pant au 21e siè­cle. Fille de Zeus et de Léda, Hélène a écopé d’une insouten­able beauté et d’une incon­cev­able lib­erté qui lui vaut humil­i­a­tions, vio­lences, insultes et crachats. Elle y serait pour quelque chose, à la guerre de Troie. Qu’incarne-t-elle, véri­ta­ble­ment ? Tour à tour, Hélène elle-même, Léda, Clytemnestre, les pré­ten­dants, Hermione, Pâris, Ménélas et Elec­tre se pressent à la barre du réc­it pour son­der et jeter en pâture Hélène dev­enue icône (sou­vent en l’apostrophant), elle qui « plaide l’irresponsabilité totale » : « je suis l’insondable, l’irrésistible par excel­lence ». Con­tin­uer la lec­ture

Pour qui sont ces serpents ?

Bernard SWYSEN, Le syn­drome de la Gor­gone, Lamiroy, 2020, 144 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87595–259‑2

Dessi­na­teur et scé­nar­iste pro­lifique, Bernard Swysen inau­gure une car­rière de romanci­er avec cette fan­taisie mythologique, a pri­ori réjouis­sante et qui peut se lire en fre­donnant, entre autres par­o­dies apoc­ryphes, les cou­plets allè­gres de La belle Hélène. C’est encore une femme – et quelle femme ! – qui tient la vedette de ce peplum : Sha­ia, plus con­nue sous le nom calami­teux de Méduse, celle des trois Gor­gones décapitée par Per­sée. Tout débute sur un coup de foudre entre Sha­ia, jolie jeune fille entre­prenante (elle n’a pas encore échangé sa belle chevelure con­tre un nœud de vipères) et le puceau Pau­sa­nias, futur chroniqueur d’une biogra­phie, for­cé­ment mythi­fiée, de Per­sée. Celui-ci vient alors de récupér­er le trône d’Argos et y fait son entrée royale, flan­qué de ses « mignons » baraqués comme des buf­fets nor­mands. Las, ce demi-dieu, fils de Danae et de Zeus (qui, déguisé en pluie d’or avait for­cé la porte de la prison d’airain cen­sée garan­tir la vir­ginité de la recluse, prou­vant par là qu’en ces temps reculés, l’or ouvrait déjà bien des portes), Per­sée donc, se prend lui aus­si d’une pas­sion dévo­rante pour le jeune Pau­sa­nias con­traint dès lors à jouer sa pro­pre ver­tu à pile comme à face. Et ce avec la béné­dic­tion de son ambitieuse bien-aimée qui le fait pass­er pour son frère et investit ain­si le palais roy­al bien­tôt suiv­ie par ses pro­pres sœurs Euryale et Stheno trop heureuses de prof­iter de l’aubaine. Con­tin­uer la lec­ture

Il n’y a pas que la bataille des éperons d’or

Jan BAETENS, Karel VANHAESEBROUCK, Petites mytholo­gies fla­man­des, pho­togra­phies de Brecht Van Maele, pré­face de Claude Javeau, tra­duc­tion de Monique Nagielkopf assistée par Daniel Van­der Gucht, Let­tre volée, 2019, 174 p., 20 € ; ISBN : 978–2‑87317–533‑7

Une fois n’est pas cou­tume, le présent ouvrage a été écrit et pub­lié en néer­landais en 2014, avant d’être traduit. L’intérêt de la démarche à la base du livre jus­ti­fie une recen­sion, d’autant plus que les auteurs, fla­mands, con­nais­sent par­faite­ment la cul­ture tant du Nord que du Sud du pays. Jan Baetens a même obtenu le Prix tri­en­nal de poésie de la Com­mu­nauté française de Bel­gique.

Ces Petites mytholo­gies fla­man­des s’inscrivent dans la lignée des Mytholo­gies de Roland Barthes. Les auteurs en repren­nent les principes. Le mythe n’est pas qu’un réc­it ancien : la société mod­erne en pro­duit elle aus­si en les renou­ve­lant sans cesse. Et le mythe ne réflé­chit pas une vision du monde ; c’est lui qui la pro­duit et l’incarne dans divers­es expres­sions très con­crètes. Il est ain­si l’expression actu­al­isée de valeurs éter­nelles et immuables. Il appa­raît donc comme la façon dont une société se voit et se pense. Ces sens cachés, il faut les faire advenir, les ren­dre con­scients ; c’est ce qui fonde et jus­ti­fie la démarche de ces analy­seurs, comme l’a été, du côté fran­coph­o­ne, Jean-Marie Klinken­berg dans ses Petites mytholo­gies belges. Con­tin­uer la lec­ture

La Belgique, pays d’intersections

Jean-Marie KLINKENBERG, Petites mytholo­gies belges, post­face de Jan Baetens, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord » n° 370, 240 p., 8 €, ISBN : 978–2‑87568–409‑7 

Au terme de « mytholo­gies » employé au pluriel est asso­cié, imman­quable­ment, le nom de Roland Barthes qui, en 1957, s’en servit pour inti­t­uler le pre­mier best-sell­er de la dis­ci­pline sémi­o­tique. Depuis, établir le cat­a­logue des mytholo­gies d’une société con­siste à clich­er, non sans dis­tan­ci­a­tion ironique, les signes qui y font sens ain­si que les dis­cours qui les col­por­tent… Et pas seule­ment dans les arts majeurs, car l’esprit d’une époque se trahit mieux encore dans ses mar­ques pub­lic­i­taires, ses événe­ment rit­u­al­isés, ses jeux pop­u­laires, ses stars, ses objets-fétich­es, etc. Aujourd’hui, Barthes se délecterait sans aucun doute des per­for­mances atten­dues d’un bou­ton­neux pressen­ti meilleur pâtissier ou dis­sè­querait jusqu’en ses plus minus­cules fibres déno­ta­tives et con­no­ta­tives la panoplie de nos appareils porta­bles.

Con­tin­uer la lec­ture

Petites sorcelleries urbaines

Tiffanie VANDE GHINSTE, Dryades, La Boîte à Bulles, 2018, 88 p., 16 €, ISBN : 9782849533079

Yasha tra­vaille dans une librairie brux­el­loise. Entre son patron qui se mêle un peu trop de ses affaires et son coloc qui n’est jamais là, elle déprime.

Sem­blant tout droit sor­tie d’un con­te de fées, Rubi­ca débar­que à Brux­elles avec son sac-à-dos, fuyant l’ogre qui l’enfermait dans une rela­tion étouf­fante. Con­tin­uer la lec­ture

Michèle Fabien. Soulèvement des corps

Un coup de cœur du Carnet

Michèle FABIEN, Jocaste, Claire Lacombe, Berty Albrecht, post­face de Veroni­ka Mabar­di,  Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2018, 176 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–403‑5

Michèle Fabien, JocasteJocaste, Claire Lacombe, Berty Albrecht… trois femmes que Michèle Fabi­en arrache au silence, celui de l’Histoire des hommes, des vain­queurs, trois femmes dont elle porte la voix comme un flam­beau éclairant les pas­sions humaines et les mythes, la roue du temps et l’avènement du nou­veau. Dra­maturge, femme de théâtre qui par­tic­i­pa à l’aventure de l’Ensemble Théâ­tral Mobile, fig­ure majeure du Jeune Théâtre belge dans les années 1970–1990, tra­duc­trice du théâtre de Pasoli­ni, Michèle Fabi­en (1945–1999) est l’auteure d’une œuvre ardente qui a renou­velé la scène du théâtre. Salu­ons Espace Nord de pour­suiv­re l’entreprise d’édition des pièces de Michèle Fabi­en. Après Char­lotte, Sara Z. et Notre Sade accom­pa­g­né d’une pré­cieuse lec­ture de Marc Quaghe­beur, ce vol­ume remar­quable­ment post­facé par Veroni­ka Mabar­di réu­nit trois textes qui réin­ter­ro­gent l’espace de la représen­ta­tion, l’émergence d’un corps porté par la let­tre et la réap­pro­pri­a­tion d’une vie, d’une parole, d’un nom, d’un sens. Con­tin­uer la lec­ture

Le dessinateur de papier et le roi de carton : roman sur grand écran

Un coup de cœur du Carnet

Patrick ROEGIERSLe roi, Don­ald Duck et les vacances du dessi­na­teur, Gras­set, 2018, 304 p., 20 €, ISBN : 978–2‑246–86021‑1

roegiers le roi donald duck et les vacances du dessinateurCe plat pays qui n’est plus tout à fait le sien puisqu’il est devenu français con­tin­ue néan­moins d’obséder textuelle­ment l’écrivain Patrick Roegiers à tra­vers quan­tité de ses ouvrages, romans comme essais divers. Même si la Bel­gique, son pays d’origine, n’est pas nom­mé dans Le roi, Don­ald Duck et les vacances du dessi­na­teur, titre ô com­bi­en inat­ten­du mais éclairant pour le lecteur par le ton qu’il donne, Patrick Roegiers revis­ite selon la bonne habi­tude qui est dev­enue la sienne nos mythes bel­gi­cains pour les décon­stru­ire par le biais d’un décalage de per­spec­tives, en les déboulon­nant du piédestal où cer­tains les ont par­fois élevés. Cette fois, le roi Léopold et le dessi­na­teur Hergé. Con­tin­uer la lec­ture

Le degré zéro du Liégeois

Lau­rent DEMOULIN et Jean-Marie KLINKENBERG, Petites mytholo­gies lié­geois­es, Tétras Lyre, coll. « Hors chant », 2016

demoulinDans son intro­duc­tion aux petites mytholo­gies lié­geois­es, Jan Baetens souligne que « faire et défaire les mythes » est la mar­que de fab­rique du Lié­geois. Les auteurs de cet ouvrage, Lau­rent Demoulin et Jean-Marie Klinken­berg, sont indé­ni­able­ment de mar­que lié­geoise. Dans cet abécé­daire à l’ordre alphabé­tique cham­boulé, dans ce bes­ti­aire n’abordant pas que la thé­ma­tique ani­mal­ière, ils décrivent avec poésie, bon­homie, soci­olo­gie, sémi­olo­gie (on ne se refait pas), sub­jec­tiv­ité et bien­veil­lance divers aspects qui font et défont Liège. Son fleuve, ses inon­da­tions, ses bus, sa gare, son C.H.U., sa foire d’octobre… Con­tin­uer la lec­ture

Dans les veines coule la sève

Char­line LAMBERT, Chan­vre et Lierre, Le Tail­lis Pré, 2016, 68 p.

lambert chanvre et lierreChar­line Lam­bert a reçu, entre autres, le prix Georges Lock­em de l’A­cadémie royale pour son pre­mier recueil inti­t­ulé Chan­vre et Lierre. Comme pré­cisé par l’Académie, ce prix « est red­outable, parce qu’il con­siste en un pari », un pari sur l’avenir. Est-ce le pre­mier d’une longue série à venir ou un sim­ple coup d’éclat ? Seul l’avenir le dira. En atten­dant, cette jeune poète n’a pas froid aux yeux en pro­posant d’aborder avec fraicheur et une maitrise sin­gulière l’histoire de L’Odyssée, un des poèmes fon­da­teurs de notre civil­i­sa­tion européenne. Con­tin­uer la lec­ture