Un coup de cœur du Carnet
Carl NORAC (auteur) et Kris DI GIACOMO (illustratrice), L’Oncle Panda, À pas de loups, 2024, 40 p., 16 €, ISBN : 9782930787961
On le connaît tous, il existe dans nos imaginaires. Il habite loin, très loin, sur un autre continent, ce qui l’auréole de mystère. On ne le voit jamais, parfois pas même une fois dans sa vie. Il doit être libre d’entraves, sans enfant, et il mène une vie aisée. Peut-être qu’il ne nage pas dans ses pièces d’or comme Picsou, mais il possède certainement beaucoup de biens. Son existence est remplie de voyages, de fêtes, d’aventures, de conquêtes. Il est fantasque et original de tempérament, généreux et libre de caractère, détonnant et charmant de personnalité. On rêve de le croiser, un jour, et parfois on s’imagine une adoption transatlantique. Eh bien, Carl Norac, lui, a eu la souriante chance de le rencontrer, son oncle d’Amérique ! Et cet événement a planté en lui une graine de création, qui déploie feuillage et fleur dans L’Oncle Panda.
L’Oncle Panda, c’est le pendant animal – bien plus chouette et plus comique encore – du parent humain étasunien. À l’occasion de vacances, un lutin habillé de rouge découvre cette figure avunculaire, et y adhère tout de suite ! La raison pour laquelle il est « vraiment unique au monde », l’Oncle Panda, est nichée dans l’évidence qu’ils partagent la même âme d’enfant émerveillé. Par exemple, « [d]ans sa maison, Oncle Panda fait de l’élevage, pas de poules ou de hamsters, mais de poussières. Quand le soleil entre dans la maison, elles volent, ça brille. » Et ce n’est pas tout ! Il fait du bruit quand il boit à la paille, parle à la Lune dont il connaît les voyages et aux fantômes qui nettoient leur drap, aime observer les étoiles filer, roule à vélo comme un oiseau, raconte des histoires de souris « parce qu’on n’en voit jamais par ici. Peut-être que quelque part, où nous n’allons pas, on aime seulement les histoires de pandas », adore tourner en rond et discuter avec son ami le hérisson, dessine les calculs sur les arbres mais préfère partager les mots sur des papiers volants, mime les nuages et joue avec les gouttes de pluie, remet ses cartes postales en main propre (sauf si c’est plus loin que l’Arctique), remplit l’ennui (et donc ne s’ennuie jamais), apprécie le silence et rit tout seul, « c’est ça qui est drôle ».
Kris Di Giacomo rend dans ses dessins la douce rêverie contenue dans les mots de Norac. Ses illustrations, pleines pages, donnent des traits sympathiques et expressifs aux personnages qui paraissent crayonnés rapidement et qui changent quelque peu d’une planche à l’autre (comme si elle avait attrapé le premier outil qui se présentait devant elle). Elle s’amuse avec des fonds construits dont se détachent certains éléments créant des perspectives aplanies. Du grand art de « fausse naïveté ». Dans cet album, tout transparaît la complicité. Alors, quand vient la fin du séjour et de l’ouvrage, quitter cet animal si paisible, si intéressant, si imaginatif et si disponible, c’est quand même un peu douloureux. On ne pleurera pas, on le promet, mais on lui rendra visite au plus vite, à l’Oncle Panda.
Samia Hammami