Amsterdam-Jakarta : cinq destins au cœur de l’horreur

Clarence PITZ, Meurs, mon ange, Gal­li­mard, coll. “Folio polici­er”, 2024, 362 p., 6,40 €, ISBN : 978–2‑07–303575‑2

pitz meurs mon ange folioAtten­tion, âmes sen­si­bles s’abstenir. On con­naît la for­mule et elle s’applique bien à Meurs, mon ange, troisième roman de Clarence Pitz, qui vient d’être réédité en poche chez Folio Polici­er. Prix Club de l’auteur belge 2022 (caté­gorie thriller), il est sor­ti en pre­mière édi­tion en 2021 aux édi­tions IFS*Phénix Noir, où Clarence Pitz a pub­lié trois autres romans, La parole du cha­cal (2020), Inef­façables (2021) et Les enfants du ser­pent (2023). D’emblée, le lecteur est hap­pé par l’atmosphère du réc­it. Indé­ni­able­ment, l’autrice belge a le sens de la nar­ra­tion, qu’elle déroule au fil d’un sus­pense hale­tant fait d’allers-retours entre Ams­ter­dam et l’Indonésie.

L’action se déroule en 2017 et com­mence avec Anja, 37 ans, femme à la dérive logée dans une cham­bre crasseuse, dont le mari et la fille de 2 ans ont dis­paru. Elle tente de remon­ter la pente et est recrutée con­tre toute attente par Bio­surf, société de vision­nage du dark­net. On l’a prév­enue : peu résis­tent face à l’horreur des vidéos qui y cir­cu­lent comme des snuff­movies. Nous allons la suiv­re jusqu’à la fin du réc­it. Mais elle n’est pas la seule. Une dou­ble enquête se met rapi­de­ment en place : celle menée à Bali par Gun­tur, flic déchu, lui aus­si père endeuil­lé, et son col­lègue Made, qui enquête sur trois cadavres décapités. Celle de l’inspecteur Karel Jacobs, bien con­nu des lecteurs de Clarence Pitz, puisqu’il était déjà à l’œuvre dans son roman Inef­façables. Cette fois, il est appelé par un col­lègue amstel­lodamois con­fron­té à un meurtre glauque com­mis sur les quais d’Amsterdam, celui d’un employé lui aus­si décapité de l’agence de voy­age Easy-Bali qui s’est spé­cial­isée dans les des­ti­na­tions… indonési­ennes. Une affaire qui rap­pelle à Karel Jacobs une enquête irré­solue qu’il n’a tou­jours pas lâchée autour d’un mys­térieux taggeur avec qui il a man­i­feste­ment un compte à régler.

Autre lieu, autres per­son­nages : archipel indonésien, tou­jours en 2017, deux frères sont pour­suiv­is dans la jun­gle de Sulawe­si par de mys­térieux chas­seurs dans des pages d’une grande den­sité tant par leur inten­sité nar­ra­tive que par les descrip­tions de ce milieu hos­tile. C’est dans une autre jun­gle que nous entraîne Clarence Pitz, un éche­veau de faits tor­dus, de rebondisse­ments divers, d’intrigues ron­de­ment menées. Nous allons suiv­re les trois fils nar­rat­ifs préc­ités, lesquels vont s’emmêler au gré de l’imagination de la roman­cière dont l’inspiration a pu trou­ver sa source dans ses expéri­ences précé­dentes, notam­ment comme respon­s­able du ser­vice des casiers judi­ci­aires de Brux­elles pen­dant sept ans. Elle change ensuite d’orientation et devient pro­fesseure d’anthropologie et d’histoire de l’art, ce qui explique peut-être pourquoi ce roman finit à Suraya, dans le pays Tora­ja, dont les rites funéraires si par­ti­c­uliers vont apporter une ampleur nou­velle au roman, un cli­mat tout à fait orig­i­nal, tout en nous ini­tiant à cette cul­ture d’une grande richesse. Même pour le pire ! Si Clarence Pitz, mem­bre du col­lec­tif Les Lou­ves du Polar, apporte des dénoue­ments aux enquêtes de Meurs, mon ange, elle ne dévoile pas tout et nous laisse sans réponse sur l’identité du taggeur qui obsède tant son enquê­teur Karel Jacobs. Un cliffhang­er qui laisse présager un retour de son héros dans un roman suiv­ant, ce qui se véri­fiera avec Les enfants du ser­pent.

Michel Tor­rekens

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