La forêt, là, derrière…

Un coup de cœur du Car­net

Olivi­er TERLINDEN, Au-delà du vieux mur, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2024, 152 p., 16 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 978–2‑87489–928‑7

terlinden au dela du vieux murVoici un tout nou­v­el auteur qui appa­raît, Olivi­er Ter­lin­den, un écrivain dont nous décou­vrons le pre­mier opus, et, quelle joie de remet­tre ses pieds de lecteur dans les traces d’une lit­téra­ture de l’émerveillement ! Il nous livre avec Au-delà du vieux mur un pre­mier roman qui est tou­jours une appari­tion quand celui-ci réus­sit à percer une fois encore la cara­pace des fauss­es évi­dences du réel.

Olivi­er Ter­lin­den révèle ici, dans un texte court et dense (accom­pa­g­né d’une belle post­face de Xavier Deutsch qui mar­que son éblouisse­ment devant un texte qui lui fait évo­quer André Dhô­tel et même Alain-Fournier…) une quête ini­ti­a­tique telle que les con­tes et légen­des les plus ancrées dans notre pat­ri­moine.

Olivi­er Ter­lin­den est agronome de for­ma­tion et pho­tographe de nature. Il est donc cen­sé con­naître cette matière pre­mière du vivant qui fascine et hante les hommes depuis tou­jours. Au-delà du vieux mur con­firme cette attente.

François, un enfant de dix ans plonge au cœur d’un domaine mys­térieux, le domaine d’Her­me­line, tra­verse une nuit de tem­pête et y ren­con­tre son futur men­tor, un vieil homme qui vit là comme un ermite. L’enfant va appren­dre à grandir à tra­vers ses épou­sailles avec la terre.  De rit­uel en rit­uel, de soubre­saut en sur­prise, le roman déplie ses pages dans le fil de la vie et de la mort en lisière de ce mys­tère qui s’ap­pelle la révéla­tion. Ce domaine d’Her­me­line appa­raît comme un lieu pro­duc­teur de légende à l’in­star de ces étranges machiner­ies lit­téraires qui font, dans leurs infinies vari­a­tions, de l’appel de la forêt un moment-clé de notre human­ité.

Un des lieux fam­i­liers de la lit­téra­ture est celui de la trans­mis­sion et du rap­port sin­gulière­ment mag­ique entre un vieil homme et un enfant. Les grands-par­ents, nous rap­pelle l’an­thro­polo­gie, ne sont pas là pour faire respecter la loi, c’est là le rôle des par­ents, mais pour les ini­ti­er à une autre dimen­sion du monde, on par­le alors de rela­tions de plaisan­terie. Dans Au-delà du vieux mur, c’est d’une sub­lime plaisan­terie qu’il s’ag­it : l’ac­com­pa­g­ne­ment d’un enfant par un vieil homme dans la magie d’un lieu et l’e­sprit de la forêt.

Dans une pure forme clas­sique – et qui s’en plaindrait ici ? –, l’au­teur reprend le témoin de ces réc­its et romans qui font de la nature un sujet proche d’un mythe que l’homme cherche sans cesse à se réap­pro­prier. Il ne s’ag­it pas ici évidem­ment d’une épopée à la mode d’un retour à une nature Insta­gram ! La boue, les excré­ments font par­tie du réc­it, les ani­maux grog­nent et se roulent dans la fange.

Olivi­er Ter­lin­den a con­stru­it une forme de réc­it selon la règle d’or de ce tri­an­gle mag­ique qui con­siste à reli­er un vieil homme, un enfant et la nature et, plus pré­cisé­ment encore, la forêt. L’écri­t­ure est con­va­in­cante, atten­tive à tous les soubre­sauts du jour et de la nuit dans cet univers des appari­tions.

Le roman plonge régulière­ment dans la vie du petit François qui grandit dans cette fontaine de mir­a­cles qui s’ap­pelle l’af­fec­tion.

Un roman n’est évidem­ment pas une his­toire racon­tée plus ou moins bien, mais surtout une anticham­bre à un plus ample et intime réc­it, celui des ombres et lumi­nes­cences d’une vie. Olivi­er Ter­lin­den y parvient ici bril­lam­ment.

Daniel Simon