Rendez-vous au pays des souvenirs

Chris­t­ian LIBENS, Quelques années et leurs pous­sières, Weyrich, coll. « Plumes du coq »,2024, 128 p., 15 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 9782874899300

libens quelques années et leurs poussièresDes textes brefs font la part belle aux évo­ca­tions d’autrefois. Les images se bous­cu­lent dans une suc­ces­sion d’instantanés couleur sépia.

L’expression « et des pous­sières » est bien con­nue. Elle indique un sup­plé­ment, somme toute, insignifi­ant. Mais dans ce titre, Quelques années et leurs pous­sières, le recours à l’article pos­ses­sif rend l’incidence du pas­sage du temps presque per­cep­ti­ble.

D’emblée de jeu, Chris­t­ian Libens prévient son lecteur : cer­taines scènes ou évo­ca­tions pour­raient être offusquantes. Et des poitrines, en est-il ques­tion dans ces pages… Serait-ce à dire que les plus vieux ou moins jeunes vivaient dans un autre ter­roir ?

Un ancrage revendiqué

Chris­t­ian Libens n’a jamais caché ses orig­ines wal­lonnes. Loin de les renier, il les chérit plutôt. C’est ain­si que se retrou­vent dis­séminées des expres­sions savoureuses comme « tchafète » pour bavarde, « nènène » pour grand-mère… « Bien sûr, comme tout le monde, Julien a une langue mater­nelle, le français de Bel­gique, ou plus exacte­ment le français par­lé au pays de Liège. Secrète­ment, il a aus­si une langue grand-mater­nelle, le wal­lon d’entre Liège et Verviers. » La fil­i­a­tion entre l’auteur et son per­son­nage sem­ble probante ! Il ne s’agit toute­fois pas d’autofiction, mais plutôt d’un habile mélange allusif, comme se plaît à le soulign­er le post­faci­er, Michel Lam­bert. Et Chris­t­ian Libens de rap­pel­er com­bi­en la Bel­gique fut le « pays des chas­seurs de bel­gi­cismes, un péché presque mor­tel ». Un exem­ple ? Les « crolles » citées pour des cheveux bouclés.  

Dans ce livre, de nom­breux motifs « liben­siens » sont égrenés. Ain­si, en est-il du romanci­er lié­geois Georges Simenon, dont Libens a longue­ment pra­tiqué l’œuvre, mais aus­si du héros Guil­laume Apol­li­naire, auquel il a con­sacré un roman sous le titre de La forêt d’Apollinaire. Ne l’oublions pas, Wil­helm a con­nu la prin­ci­pauté abba­tiale de Stavelot, une région qu’affectionne à sa suite le Vervié­tois. Autres références mar­quantes : Alex­is Curvers, dont Chris­t­ian Libens a été le secré­taire dans la « vraie » vie, et l’Ardennais Alain Bertrand, avec lequel il a lancé la col­lec­tion « Plumes du coq », où est pré­cisé­ment pub­lié ce nou­veau vol­ume.

Le reflet d’une époque

En témoigne aus­si Chris­t­ian Libens dans Quelques années et leurs pous­sières, le catéchisme, la com­mu­nion solen­nelle, la con­fes­sion (appelée « con­fesse » par cer­tains) étaient de grandes étapes qui actaient le pas­sage de l’enfance à l’adolescence. En ce temps-là, « une mon­tre de com­mu­nion, c’est pour toute la vie… » et la tenue du dimanche se devait d’être encore plus offi­cielle pour l’occasion. « Il le devine à ses regards, à son doux sourire : Maman voudrait qu’il choi­sisse une culotte courte. Lui, bien sûr, préfère un pan­talon long, un vrai pan­talon d’homme. Com­ment choisir ? »  Dilemme ves­ti­men­taire d’une autre époque, lorsque la reli­gion catholique ryth­mait l’existence des habi­tants à la cam­pagne et ailleurs. N’en déplaise aux car­toman­ci­ennes qui tiraient dis­crète­ment les cartes selon le jeu de tarot créé par Made­moi­selle Lenor­mand.

Salu­ons, enfin, la post­face de Michel Lam­bert, qui four­mille de ren­seigne­ments : « l’auteur racon­te ce qu’il a vécu, ou rêvé, ou fait émerg­er d’un passé loin­tain ». Car « Ce n’est pas à pro­pre­ment par­ler un roman par nou­velles, genre par­fois pra­tiqué. Ce serait plutôt un roman par éclats. » Voilà une déf­i­ni­tion qui illus­tre joli­ment l’exercice pra­tiqué par l’auteur de Quelques années et leurs pous­sières.

Angélique Tasi­aux

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