Se remercier, se pardonner et demander

Mar­i­anne BASTOGNE (autrice et illus­tra­trice), De la mon­tagne à l’océan, L’âme de la colline, 2024, 80 p., 12 €, ISBN : 9782960202564

bastogne de la montage à l'océanC’est un petit livre car­ré que pro­posent les édi­tions L’âme de la colline. Sur sa cou­ver­ture hyp­no­tique, un ciel aux dégradés de rose, de vio­let et de jaune, con­stel­lé d’étoiles étince­lantes, d’où se détache un pic glacé alti­er. À son pied, une baleine tout aus­si bleue et imposante, tout aus­si calme et indif­férente. Une impres­sion cos­mique irradie de cette image con­ciliant le chaud et le froid, et ren­voy­ant à l’infiniment grand et mys­térieux. De la mon­tagne à l’océan se présente d’emblée comme une invi­ta­tion, silen­cieuse, à la décou­verte : « Il était une fois un temps, un temps où tout était pos­si­ble. »

Dans cet opus, Mar­i­anne Bas­togne con­te trois moments de la vie d’un humain, reliés par un mou­ve­ment ini­ti­a­tique, autour d’un trio de fig­ures : l’homme, la femme, l’enfant. Ces trois êtres nais­sent au creux des illus­tra­tions de l’artiste avant de pren­dre vie dans ses mots. Ain­si chaque par­tie de l’ouvrage est précédée d’un visuel sur papi­er trans­par­ent, qui lui con­fère un aspect léger, un peu mag­ique, par la tex­ture et la lumi­nosité inhérente. Très col­orés, ces dessins en fig­u­ra­tion et en sym­bol­isme con­ti­en­nent le texte qui va suiv­re et com­posent un trip­tyque éclaté se com­plé­tant sous une tutelle lunaire.

Un homme donc, autant bûcheron que berg­er, cul­ti­va­teur, jar­dinier et vendeur de pommes, est étreint par l’inquiétude du temps qui passe et des rires qui s’effacent. Il se met alors en quête du secret des étoiles et défie la mon­tagne. Bra­vant les dan­gers, se berçant d’un mantra tout per­son­nel qui lui chante à l’oreille « Tout est bien, tout est juste. Tout est à sa place », il grav­it ses peurs et atteint le som­met lorgné. Il y ren­con­tre une ourse qui lui rap­pellera à des­sein qu’il pos­sède déjà au fond de lui tout ce qu’il doit savoir. Et, surtout, qu’il lui faut se remerci­er, se par­don­ner et deman­der.

Tout aurait pu s’arrêter là, l’enseignement se révélant suff­isam­ment chargé. Mais il y aura aus­si la femme, avec qui il décou­vri­ra l’amour et pour qui il con­versera avec des grenouilles. Et l’enfant, qui du haut de ses qua­tre ans s’ébrouera et s’allègera des préoc­cu­pa­tions parentales au dos d’un cétacé : « Quelque chose se dit entre eux. Quelque chose où par­ticipent les vagues et les mou­ettes rieuses, le vent et le mugisse­ment de l’océan. Sym­phonie magis­trale dont l’homme et la femme sont témoins. Ensem­ble ». À tra­vers mono­logues, dia­logues et descrip­tions trans­mis dans une langue claire et poé­tique, soutenus par une cadence pro­pre à l’oralité des his­toires que l’on racon­te, Bas­togne dit la néces­sité de l’ici et main­tenant, du lâch­er-prise et d’une cer­taine con­fi­ance en la vie. Avec foi.

Samia Ham­ma­mi

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