Aliénor DEBROCQ, Slash, Onlit, 2025, 144 p., 17,50 €, ISBN : 9782875601766
Les femmes, leur féminité et leur intimité, la puissance de leur corps et de leurs pulsions fiévreuses, leur identité dans un monde taillé pour les hommes et leur volonté d’émancipation féministe, habitent l’œuvre d’Aliénor Debrocq telle qu’elle se présente à ce jour. C’était le cas dans Cent jours sans Lily (Onlit) et Maison miroir (Rouergue). Ça l’est, et d’une manière encore plus viscérale, dans le roman publié cette année, Slash (Onlit). Continuer la lecture
C’est un petit livre carré que proposent les éditions L’âme de la colline. Sur sa couverture hypnotique, un ciel aux dégradés de rose, de violet et de jaune, constellé d’étoiles étincelantes, d’où se détache un pic glacé altier. À son pied, une baleine tout aussi bleue et imposante, tout aussi calme et indifférente. Une impression cosmique irradie de cette image conciliant le chaud et le froid, et renvoyant à l’infiniment grand et mystérieux. De la montagne à l’océan se présente d’emblée comme une invitation, silencieuse, à la découverte : « Il était une fois un temps, un temps où tout était possible. » 
Au bord de la Lesse, une petite fille creuse des trous dans son ventre pour y enfouir la honte d’exister dans un monde qui ne veut pas d’elle. “Élargir le gouffre, déplacer la montagne, voilà le labeur qui occupe la grande part de ses jours et de ses nuits”. À grandir sans amour, “de manière tordue, comme un chêne solitaire et déjà vieux” à la sève trempée du poison de l’inceste, Jeanne semble ne pouvoir accéder qu’à une jeunesse charpentée par les drogues et les relations abusives. Si la résilience avait un nom, elle porterait celui de ce personnage cumulant tous les maux, millénaires, qui s’abattent sur les corps et les esprits des femmes.
« Zéphyr est grand et Éole est petite ». En plus d’être grand, Zéphyr est d’un blanc immaculé, possède de longues oreilles souples et ne se départit jamais d’un doux sourire. Et Éole, elle, est plus en rondeur, son pelage marron est recouvert de taches rose clair et un sourire identique se dessine sur son minois. Peut-être ce trait en commun scelle-t-il leur tendre amitié, ainsi que l’été, les étoiles et l’érable « qui éclabousse la clairière de rouge en automne » qu’ils aiment tous les deux. Mais il y a aussi toutes ces différences qui les rendent complémentaires et inséparables : l’un est posé et protecteur, l’autre est émotive et curieuse. En bref, ils s’adorent et ce, « […] depuis toujours, c’est-à-dire au moins six ans ».
L’oisiveté estivale, c’est bien connu, est propice aux aventures buissonnières. Jeanne met à profit ses semaines de vacances pour prendre le large et surtout quitter la cellule familiale où elle est tenue recluse pour échapper aux dangers du monde. Dans ce roman, dont elle est la narratrice, elle consigne ses souvenirs étalés sur plusieurs années dans le courant des sixties. Nous sommes en 1962, elle a fêté ses 16 ans. Elle a trouvé le subterfuge d’un contrat de fille au pair pour séjourner à la côte où elle s’occupe d’un jeune garçon.
Dans son récit de voyage, Thïnkas, une Amazonie intime, Benedicta de Smet partage la réalité qu’elle a vécue au plus près de communautés indiennes, lors de deux séjours au Nord-Ouest du Pérou, en pleine forêt amazonienne. Deux expériences contrastées durant lesquelles elle s’est immergée dans le quotidien de ces peuples qui vivent un rapport au monde bien différent du nôtre.
Dans un pays non précisé d’Amérique latine, entre les XIXe et XXe siècles, un bébé est recueilli par des religieuses. Juan Esperanza Mercedes de Santa Maria de los Siete Dolores vivra neuf ans au couvent, faisant le bonheur de la jeune sœur Mercedes, avant de se perdre à vélo et de recommencer sa vie au sein d’une hacienda. Qu’il quittera, un peu par hasard également, neuf ans plus tard. Autant d’abandons de femmes qui l’aiment et d’hommes dont l’affection est plus discrète. Autant de ruptures, mais aussi une fidélité à lui-même.
Lorsque l’on tient ce roman entre les mains, on est avant toute chose impressionné par la qualité de sa facture : grain et couleur du papier, choix des couleurs et illustrations soignées qui ponctuent l’ouvrage, tout fait de ce livre un bel objet. Les premières pages tournées, on est gagné rapidement par la conviction que l’on est face à une fiction imprévisible, aux rebondissements multiples et improbables.