Partis pour Belfast et Sanaa

Joël SCHUERMANS, Vers Belfast, Par­tis Pour, 2024, 144 p., 11,5 €, ISBN : 978–2‑931209–08‑0
Michel HELLAS, Yémen Debout, Par­tis Pour, 2024, 68 p., 9,5 €, ISBN : 978–2‑931209–07‑3

schuermans vers belfastLes édi­tions Par­tis Pour enrichissent leur col­lec­tion des « Errances » avec deux livres ten­ant dans la poche des lecteurs et voyageurs.

Qua­trième opus pour Joël Schuer­mans, par­ti cette fois Vers Belfast. À la croisée d’un jour­nal­isme curieux, de la didac­tique his­torique, de l’impressionnisme des paysages, son jour­nal de bord per­met toutes les approches selon les humeurs de l’auteur. Ce qu’il apprend, ce qu’il lit, ce qu’il pense de ce qu’il entend et voit.

Avec cette cer­ti­tude ajoutée que le voy­age humain n’est pleine­ment réal­isé qu’en écri­t­ures et lec­tures, sinon c’est du sim­ple déplace­ment ; util­i­taire ou touris­tique. Ques­tion sous-jacente qui n’est pas directe­ment abor­dée car, sur un ton clair­voy­ant et mélan­col­ique, il faut bien con­stater que le voy­age s’en va :

Ce boule­verse­ment civil­i­sa­tion­nel, dont beau­coup ne mesurent pas l’importance de l’impact, est pour moi syn­onyme de désas­tre. Le mode de vie qu’il sous-tend, imposé par les sbires de la Sil­i­con Val­ley aidés par des com­plices poli­tiques et économiques de tout bord, se fiche comme d’une guigne du monde vidé de son essence qu’il laisse der­rière lui. Et cha­cun vaque, obnu­bilé par sa pro­pre survie ou sa quête de con­fort, voire son nom­bril, mais ne voyons-nous pas le présent à venir ?

hellas yemen deboutQuel délice de lire Michel Hel­las con­ter son trip au Yémen Debout, à la fin des années sep­tante ! De ce jour­nal­iste et doc­u­men­tariste, le réc­it des sou­venirs est un long arti­cle à lire d’un trait comme en un pas­sion­nant mag­a­zine de voy­age.

Le Yémen, pays mil­lé­naire des mille et une nuits, de la feuille de khat, de la Reine de Saba, dont le nom sig­ni­fie à droite (de la Mecque), nous démon­tre encore que si la moder­nité matérielle s’y incruste, elle n’engage en rien les tra­di­tions trib­ales, locales et ances­trales.

Ce réc­it est aus­si celui d’une époque révolue, où il était pos­si­ble de tra­vers­er le pays en stop, au gré du jour, de la chaleur de la Mer Rouge et de la fraicheur des petits vil­lages de mon­tagne.

Sur­prise, cet homme d’une soix­an­taine d’année par­lait un peu de français. Il m’expliqua qu’il était par­ti en Europe à l’âge de seize ans et qu’il avait tra­vail­lé une quin­zaine d’années dans les char­bon­nages de Charleroi, de Liège et du Nord de la France, puis il m’interrogea.

Tito Dupret

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