Malédiction chez les scouts

Clarence PITZ, La malé­dic­tion, Auzou, 2024, 234 p., 14,95 €, ISBN : 979–10-395‑3727‑8

pitz la maledictionClarence Pitz est une habituée des sen­sa­tions fortes, celles qu’elle génère chez ses lecteurs friands de polars et de thrillers. L’autrice glisse vers le genre fan­tas­tique mais aus­si vers la lit­téra­ture de jeunesse pour son cinquième roman, La malé­dic­tion, pub­lié chez Auzou et qui tien­dra en haleine les 12–15 ans, scouts ou non.

Et ils sont nom­breux, en Bel­gique, les jeunes affil­iés aux mou­ve­ments de jeunesse et habitués aux camps d’été. Un cadre arden­nais enchanteur, une riv­ière fraîche sous le soleil de juil­let, bot­tines enfilées, foulard noué, c’est par­ti pour la con­struc­tion des pilo­tis, le hike et – à la fois crainte et atten­due – la totémi­sa­tion. L’été de nos jeunes et le cadre du roman se con­fondent : l’aventure com­mence de façon assez clas­sique pour les per­son­nages cen­traux de la patrouille des Lémuriens, Ismaël, Veere, Scott, Rose, Rox­ane et leur chef de troupe Julien. Très vite, insi­dieuse­ment, le fan­tas­tique s’installe, par petites touch­es, sug­géré d’abord par l’attitude des par­ents, étrange­ment inqui­ets de voir leurs enfants par­tir camper dans un lieu qu’eux-mêmes, ado­les­cents, ont bien con­nu. Trop bien. Si bien qu’ils voudraient l’avoir oublié.

Inévitable­ment, le roman rap­pelle la mythique série de bande dess­inée La patrouille des Cas­tors pub­liée chez Dupuis, dess­inée par Mitacq et scé­nar­isée surtout par Jean-Michel Char­li­er dans les années 60 à 80. Une série dont les héros ont sus­cité chez des mil­liers de jeunes l’envie de se met­tre au ser­vice des valeurs de Baden Pow­ell. L’aventure entraîne ici le lecteur dans un huis-clos, celui de la patrouille scoute avec sa dynamique pro­pre, sa hiérar­chie aus­si, ses per­son­nages aux traits mar­qués et inspi­rants pour les jeunes lecteurs (le chef réfléchi, la dernière arrivée impétueuse et généreuse, la râleuse, le tim­o­ré…). Par la force des choses, tous doivent coopér­er, com­mu­ni­quer, faire preuve de sol­i­dar­ité mais très vite aus­si d’ingéniosité pour se sor­tir des griffes du mal qui les tient pris­on­niers. Comme dans d’autres séries jeunesse bien con­nues des quin­quas d’aujourd’hui – les romans du Club des cinq (Enid Bly­ton) ou Les 4 As (Georges Chaulet – adap­té en bande dess­inée par la suite) –, la force du roman vient du groupe qui vit de façon col­lé­giale l’aventure ini­ti­a­tique.

Clarence Pitz, his­to­ri­enne d’art et anthro­po­logue de for­ma­tion, ancre son réc­it dans les Ardennes belges dont elle exploite le folk­lore. Ain­si le pro­logue est dit « libre­ment inspiré du procès des sor­cières de Sug­ny » : le lecteur est enfer­mé dans un cachot humide aux côtés de Jenne Pihart, en plein 17e siè­cle. Jenne refuse la sen­tence du bûch­er. Avec la rage du dés­espoir, elle réus­sit à fuir et la légende naît. Celle qui racon­te que la sor­cière erre encore dans la forêt de Sug­ny sous les traits d’un grand chien malé­fique…

Car­o­line Berg­er

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