Mon premier, c’est désir

Un coup de cœur du Carnet

Alix GARIN, Impénétrable, Le Lombard, 2024, 300 p., 29,9 € / ePub : 9 ,99 €, ISBN : 978-2-8082-1080-5

garin impenetrableEn 2021, Alix Garin publiait Ne m’oublie pas, son premier roman graphique qui, sans détour, faisait de son autrice une bédéiste à suivre. Suite à ce succès, son nouvel ouvrage était attendu et elle le savait. Au-delà d’une mise en contexte, il s’agit là d’une partie de l’histoire de son nouveau titre. Car si Ne m’oublie pas était inspiré par sa grand-mère, malade d’Alzheimer, Impénétrable est carrément autobiographique.

Le récit commence quand Alix s’installe à Bruxelles avec son compagnon, Lucas, et entame sa carrière professionnelle. On plonge alors dans le quotidien de cette jeune femme à qui tout semble réussir mais qui cache épuisement et chagrin au fond d’elle-même. « Je garde tout ça enfoui, parce que je n’ai pas le droit de me plaindre, vu que tout me réussit. »

Du jour au lendemain, pendant un rapport, Alix ressent une douleur insupportable, qu’elle tait à Lucas mais qui se ravivera à chaque fois, rendant le sexe plus effrayant qu’agréable. Comment avouer à l’homme qu’on aime qu’on n’a plus envie de faire l’amour avec lui, que c’est douloureux ? Comment et à qui parler d’une libido qui s’éteint parce que le sexe est devenu une torture ? Comment assumer de ne plus en vouloir alors que tout le monde est censé adorer cela ? La honte isole Alix et retarde le diagnostic, qui finira néanmoins par être posé. Et après ? Il faudra se soigner, réapprivoiser son corps, faire renaître la flamme, d’une façon ou d’une autre. « « La confiance » dans un couple, est-ce l’assurance que l’autre n’ira jamais voir ailleurs, ou la conviction que l’autre reviendra toujours vers nous ? »

« Les voies du destin sont impénétrables… (comme ma chatte). » En une phrase, Alix Garin résume son nouveau roman graphique, tant du point de vue de l’histoire, au plus près de son intimité, que du style, clair et direct. Impénétrable retrace sa lutte contre le vaginisme, un trouble qui, resserrant les muscles entourant le vagin, rend la pénétration très douloureuse voire impossible. De l’errance pendant la recherche d’un diagnostic au soulagement de mettre des mots sur ses maux, puis de la recherche de solutions à celle des causes, c’est de désir que l’autrice nous parle. De désir profond et de désir qu’on se doit de ressentir, pour entrer dans la norme ou satisfaire aux injonctions de la société. De ce dont on a envie et de ce dont on pense devoir avoir envie. Comment se laisser encore guider par ses propres aspirations, son instinct, quand le monde dans lequel on évolue semble nous dicter ce qui est ou non désirable ?

La bédéiste parle d’elle, dessine sa propre histoire, avec le talent qu’on lui a découvert dès ses débuts. Elle illustre tant les événements que les émotions. Son trait se fait expression, donne ses couleurs au texte. Le récit est particulièrement intime et rendu avec une telle justesse, dans les mots et dans les images, que l’on peut ressentir la sincérité qui a présidé à sa création. Et puis, l’ensemble est particulièrement beau. Qu’il s’agisse d’une ville, d’un paysage, d’un songe, d’un nu, plusieurs cases ou planches donnent envie de les encadrer pour habiller ses murs de la douceur et de la force que l’on peut désormais dire caractéristiques des dessins d’Alix Garin.

Estelle Piraux

Extraits d’Impénétrable

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Extraits proposés par les éditions du Lombard

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