Nous, c’est une illusion qui meurt

Chris­telle DABOS, Nous, Gal­li­mard Jeunesse, 2024, 576 p., 19,90 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782075211802

dabos nousDepuis l’im­mense suc­cès de sa série La passe-miroir, Chris­telle Dabos s’est imposée comme un des poids lourds de l’édi­tion fran­coph­o­ne. Véri­ta­ble phénomène lit­téraire, la saga en qua­tre vol­umes pub­liés entre 2013 et 2019 a par­ticipé à la pop­u­lar­i­sa­tion de la fan­ta­sy auprès d’un pub­lic de masse qui a large­ment dépassé les fron­tières de la lit­téra­ture jeunesse. Après Ici et seule­ment ici, très beau roman fan­tas­tique sur le har­cèle­ment sco­laire ayant dérouté plus d’un fan de l’autrice, Chris­telle Dabos revient, avec Nous, à un réc­it plus proche de celui qui a par­ticipé à son incroy­able suc­cès.

« Tout le monde a un instinct et tout est par­fait ». Der­rière cette accroche qui ne manque pas de rap­pel­er des clas­siques de l’an­tic­i­pa­tion comme Le meilleur des mon­des d’Al­dous Hux­ley, se cache un roman aux allures de thriller dystopique. Chris­telle Dabos nous entraîne dans un sin­guli­er univers régit par l’In­stinct. Sorte d’assig­na­tion innée à une fonc­tion sociale par­ti­c­ulière, il gou­verne la vie de tout indi­vidu dans cette société où le col­lec­tif, le fameux « Nous » don­nant son titre au roman, s’érige en reli­gion d’É­tat. On y suit prin­ci­pale­ment deux jeunes per­son­nes, Goliath et Claire. Le pre­mier est soumis a un instinct de pro­tecteur. Il ne peut donc s’empêcher de se porter au sec­ours de toute per­son­ne mise en dan­ger, au risque même de sa pro­pre intégrité. La sec­onde quant à elle, est une con­fi­dente, con­damnée à recueil­lir la parole des autres. Mais cette société aux allures iréniques cache naturelle­ment de som­bres secrets et lorsque des per­son­nes com­men­cent à dis­paraitre, les deux ado­les­cents se lan­cent dans une enquête semée d’embûches.

Bien que pub­lié dans la sec­tion jeunesse des édi­tions Gal­li­mard, ce long roman se dévoile lente­ment. Au lecteur de faire preuve d’une cer­taine patience et d’une forte con­cen­tra­tion dans la pre­mière par­tie tant la com­plex­ité de l’u­nivers demande une solide dose de mise en place. Le prix à pay­er pour s’im­merg­er dans cette fin de 20e siè­cle imag­i­naire d’une pro­fonde richesse et d’une red­outable cohérence. S’en suit une intrigue faisant preuve d’une belle ten­sion nar­ra­tive, l’autrice sait d’ailleurs par­faite­ment men­er une intrigue, mais de fac­ture finale­ment assez clas­sique. Les ama­teurs de fan­ta­sy young adult ne seront en tout cas pas dépaysés.

Der­rière cette trame pleine de mys­tères et de rebondisse­ments opposant, au pre­mier regard de manière assez manichéenne, col­lec­tivisme et indi­vid­u­al­isme, Chris­telle Dabos développe une réflex­ion tout en nuances sur le poids, par­fois écras­ant, du déter­min­isme, sur la notion de libre-arbi­tre et sur la sub­tile ten­sion qui existe chez cha­cun de nous entre volon­té de s’as­sim­i­l­er et néces­sité de se sin­gu­laris­er. Un retour en force pour Chris­telle Dabos qui renouera à coup sûr avec son lec­torat his­torique.  

Nico­las Steten­feld

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